Chef ! Oui chef !

J’ai quinze ans et je suis en CAP cuisine !

Ainsi se présente l’un des protagonistes de Frère(s). L’un est un footeux, plutôt impulsif, peu porté sur les études. L’autre est plus maniéré, né coiffé, fils d’un chef étoilé. Pourtant, selon le principe d’attraction des contraires, Émile et Maxime deviennent inséparables.

Écrit et mis en scène par Clément Marchand, Frère(s), relate cette amitié au long cours. Sur une durée de vingt ans, le duo voyage d’une école hôtelière au Guide Michelin en passant par quelques tord-boyaux et un pèlerinage à Naples, au stade Maradona.

En chemin, le récit livre la peinture d’un milieu : école, brigade.., très masculin, donc propice au sexisme, à l’homophobie. Il souligne encore, les conditions de travail qui explosent les règlements et autres législations. Mais que pèsent les 35 heures lorsqu’on vise le plus haut niveau ?

Jean-Baptiste Guinchard et Guillaume Tagnati dialoguent, soliloquent, esquissent de brèves chorégraphies et manipulent des éléments, tour à tour, blocs d’une cuisine ou gradins d’un temple sportif.

S’il néglige les temps morts, le récit réussit à surprendre, en évitant les attendus et les clichés dans les situations et l’évolution des caractères. Ce refus du prévisible, renforce encore la description sensible et minutieuse du sentiment d’amitié.

Subsiste néanmoins un mystère. Si Chef ! Oui chef !, est la seule réponse tolérée dans une brigade de cuisine, l’expression est-elle antérieure ou postérieure à Stanley Kubrick qui, en 1987, l’immortalisa lors de la mémorable ouverture de Full Metal Jacket dans un centre de formation de Marines?

Théâtre des Corps-Saints : 18H05, du 3 au 21 juillet, relâche le mardi.

Photographies : François Fonty, Julien Barillet

 

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