Aimer c’est pourrir un peu

Actualité du 12/04/2026

 

Dans Vieilles Canailles (1998), un gros lot de la loterie nationale perturbait le quotidien d’un paisible village irlandais. Vingt-huit ans, signé du même auteur, Plus fort que moi investit une cité écossaise au mitan des années 80.

On couche ensemble !

L’exclamation ouvrit, en novembre 2022, la première rencontre entre Kirk Jones et John Davidson. Dans les mois suivants, ce dernier détailla au réalisateur quarante ans d’une existence entravée par le SGT (Syndrome Gilles de la Tourette).

Plus fort que moi s’ouvre sur un retentissant Fuck the Queen !, lancé à quelques mètres de la reine Elizabeth II. L’entrée en matière souligne la manifestation la plus connue (voire la plus drolatique) de cette maladie neuropsychiatrique.

Retour en arrière. Collégien studieux, footballeur prometteur, John (Scott Ellis Watson) voit son adolescence perturbée par l’irruption de tics, de gestes intempestifs et d’insultes impensées. L’avenir radieux se chamboule en un calvaire qui pousse le gamin hors des classes et des terrains. A la maison, sa mère (Shirley Anderson) ne peut se résoudre à affronter ce qu’elle considère comme un malédiction. La progression de l’altération relève de l’approche documentée d’un syndrome incurable et, à l’époque, peu étudié.

Une telle exposition augure le drame, annonce la tragédie. Cependant, à partir du récit de vie de son interlocuteur, Kirk Jones aligne les verres vides et les pintes pleines. Jeune adulte, John, désormais interprété par Robert Aramayo, croise Dottie (Maxine Peake). L’infirmière retraitée témoigne d'une appréhension plus responsable de son désarroi. Par la suite, Tommy (Peter Mullan), lui accorde compréhension et confiance.

La participation de ce trésor vivant du cinéma écossais, indissociable de la filmographie progressiste de Ken Loach (Riff Raff 1991, My Name is Joe 1998), souligne la spécificité du cinéma britannique, dans l’art de structurer des narrations alertes et minutieuses, où se combinent conscience sociale et genres cinématographiques : des Ealing Comédies aux productions Working Title, en passant par les Hammer Films ou le Free Cinema.

Justement récompensé, en février dernier, par le BAFTA du meilleur acteur, Robert Aramayo, emmène une distribution affinée par le théâtre et le cinéma. Émouvant sans emphase, hilarant hors des facilités, Plus fort que moi cultive un humanisme attentif, un optimisme éclairé, à l’écart de l’angélisme réducteur et du vérisme accablant.

A real bristish comedy !

Photographies : Tandem distribution.

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