Born to be wild

Actualité du 27/09/2026

 

Après s’être quelque peu encalminé dans les extravagances propres à la science-fiction et au space-opera (L’Empire 2024), Bruno Dumont revient à ses fondamentaux : la jeunesse, les visages, les paysages.

Ceci écrit, avec Les Roches rouges, le réalisateur poursuit son exploration des genres cinématographiques. A ce titre, s'élargit encore une filmographie proche du catalogue : polar (L’Humanité 1999, P’tit Quiquin 2014), film de guerre (Flandres 2006), road movie (Twentynine Palms 2003), fable burlesque (Ma Loute 2016), fresque historique (Jeanne 2019), comédie satirique (France 2021).. .

Pour ce premier opus méditerranéen, parce que financé par des capitaux italiens et lusitaniens, Bruno Dumont fraye avec le fast and furious des film de bolides, motos et teen-agers. Lointain et digne rejeton de Marlon Brando dans L’Equipée sauvage (Làzlo Benedek 1953), voire Peter Fonda, échappé des Anges sauvages (Roger Corman 1966), Géo (Kaylon Lancel 5 ans au compteur), règne sur son territoire en bordure du massif de l’Estérel.

Au pied du viaduc d’Anthéor qui relie le Var au Comté de Nice, le caïd, crinière blonde sur une bouille criblée de tics, zone, guette, avant de s’en aller avec sa bande juchés sur leurs mini 4x4 électriques, dévaliser un coffre automobile ou sauter du haut des rochers qui émergent de la Grande Bleue.

Le manège estival se grippe lorsque Gèo délaisse Rouben (Mohamed Coly), son meilleur pote et Manon (Louise Podolski), son amoureuse, pour le sourire de Eve (Kelsie Verdeilles). En accord avec l’action inhérente aux séries B, le chagrin et la jalousie déclenchent conflits et règlements de compte : bagarres, plongeons dangereux, jusqu’à l’assaut d’un mystérieux bestiau.

Quid des adultes ? Les grands restent hors-champ ou regardent ailleurs. Mais Géo, lui, n’en perd pas une. A la suite de sa dulcinée, le gamin dépasse son territoire, franchit les grilles des villas résidentielles, reluque à travers les grillages des courts de tennis, découvre la condescendance de l’oisiveté.

Un jour les tourtereaux décident d’aller voir ailleurs. Ils s'élèvent et grimpent dans le train qui passe et repasse, là-haut sur le viaduc. A l’exercice cinéphile, à l’équipée sentimentale, se greffe alors une escapade d’apprentissage à hauteur d’enfants.

J'essaie de filmer cette part d'enfance (de cinq ans à peine) qui brille toute notre vie durant, cette petite conscience guillerette (ou pas) qui demeure en nous jusqu'à notre mort.

Bruno Dumont définit ainsi son conte ensoleillé, porté par ce regard, à nul autre pareil, qui transcende la splendeur des paysages, qui scrute la multitude d’histoires, d’ores et déjà inscrites sur la trombine de gamins à peine sortis de leur préambule.

Vers la fin et comme souvent chez le cinéaste, l’aventure ne finit pas très bien. Est-ce grave ou pas ? Quoiqu’il en soit, au pied ou sur les pics des Roches rouges, se déploie un film solaire sur une humanité miniature, pétrie de joie et de liberté, à l'image du cinéma inimitable et indispensable de Bruno Dumont.

Photographies : Films du Losange.

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