J’ai mon rythme

Actualité du 24/02/2026

 

S’il conserve une bonne descente et un joli coup de fourchette, le Maigret nouveau brûle tout, puisque le commissaire se fond dans la silhouette filiforme de Denis Podalydès. La cure d’amaigrissement se prolonge dans un film qui se boucle en 80 minutes. Décidément, Maigret et le mort amoureux  ignore le gras

Après Le Grand Alibi (2008), adapté du Vallon, roman publié en 1946 par Agatha Christie (1890-1976), Pascal Bonitzer se penche sur le fonctionnaire de police, héros de 75 romans signés Georges Simenon (1903-1989).

Diplomate de haut vol, Berthier-Lagès est découvert assassiné dans son hôtel particulier. Pressé par le Quai d'Orsay, le Quai des orfèvres, confie l’affaire à son limier le plus expérimenté. Sur place, Maigret découvre une abondante liaison épistolaire, entretenue par la victime avec la princesse de Vuynes (Dominique Reymond), dont l’époux est déclaré décédé le même jour.

Inspirée par Maigret et les vieillards (1960), l’intrigue se transpose dans une époque où les ordinateurs portables se substituent aux classeurs à dossiers. Mais Maigret, lui, se refuse au smartphone et rabroue les suggestions de ses jeunes adjoints. J’ai mon rythme, répond-il à l’impatience du procureur (Dominique Rabourdin).

Scénariste de Jacques Rivette (1928-2016) et Raoul Ruiz (1941-2011), cinéastes feuilletonnesques s’il en est, Pascal Bonitzer réitère sa dilection pour les complots insidieux et autres manèges énigmatiques.

En ces temps d’émergence conservatrice, son adaptation introduit l’investigateur au sein d’un microcosme attaché aux particules, aux convenances et aux manuscrits. Une humanité qui ignore le tu et sirote son thé réchauffé par la domesticité.

Litotes et euphémismes transforment les interrogatoires en un langage codé qui déstabilise le questionneur. Le briscard passéiste perd pied dans ce cénacle traditionaliste, où l’on prie en latin, avant que, au bout du bout, les confesseurs ne dament le pion aux enquêteurs.

Comme à son habitude, Bonitzer confie ses dialogues au cordeau à de fines lames de la scène : Anne Alvaro, André Marcon, Micha Lescot, Laurent Poitrenaux.. . Loin du sage massif, du commandeur fataliste, immortalisés par Harry Baur, Jean Gabin, ou Gérard Depardieu, qui dans le Maigret de Patrice Leconte (2022), entretient une troublante ambiguïté entre le personnage et sa personne, Denis Podalydès incarne un insolite ectoplasme. Car, du propre aveu du réalisateur, avec le déferlement d’internet et de la police scientifique, en 2026, Maigret aurait cessé d’exister.

Dans l’attente, sous l'objectif lapidaire de Pascal Bonitzer, le mythe siffle des demis, engouffre des jambons-beurres, talonne sa pipe et affiche une forme plutôt affûtée.

Photographies : SBS Productions.

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