Le juste ordre des choses

Actualité du 24/10/2026

 

Fred Cavayé surgit dans les cinémas avec Pour elle (2008), A bout portant (2010) et Mea Culpa (2014), soit trois alliages percutants de dilemmes, de suspense et d’action.

Après à un détour vers la comédie (Radin ! 2016, Le Jeu 2018), le réalisateur, en 2021, porta au grand écran Adieu Monsieur Haffman, la pièce historique écrite par Jean-Philippe Daguerre. Avec Les Misérables, Cavayé agrège ses deux dilections pour l’adaptation littéraire et les récits mouvementés.

Si Eric Besnard consacre son Valjean (2025) à la rencontre entre le bagnard et Monseigneur Myriel, Cavayé traite en quelques plans l’épisode des chandeliers d’argent. Concentrés sur près de 3 heures, ses Misérables réveillent le souvenir de L’Évadé du bagne, version italienne de la fresque hugolienne, réalisée 1947 par Riccardo Freda (1909-1999), avec lequel Cavayé partage l’attrait pour la faconde et le culte de la vivacité.

Une fois Vincent Lindon-Jean Valjean statufié, le réalisateur concentre son intérêt sur les caractères qui gravitent dans sa galaxie. A commencer par Javert. Défini par Victor Hugo comme le fils d’une gitane, le policier (Tahar Rahim impavide), obnubilé par le juste ordre des choses, transforme sa traque obsessionnelle en quête freudienne.

Méchants parmi les méchants, Benjamin Lavernhe fraye avec la commedia dell’arte. Son Thénardier figure un pantalone, imbécile compulsif, insensible au chagrin, hermétique au moindre scrupule. A ses côtés, Camille Cottin complète le couple de tenanciers et rompt avec les mères-courage prises en charge dans Stillwater (2021), Toni en famille (2023), Juste une illusion (2026).. .

 

Outre les caractères féminins et à l’unisson de l’air du temps, la nouvelle adaptation se focalise sur les jeunes générations.

Ainsi Gavroche (Léonard Signoret) perd sa gouaille et son appétence pour les ritournelles. Amoureuse éperdue mais dépourvue de jalousie, Eponine, sa soeur (Ninon Veys puis Marie Colomb) affirme son empathie et sa solidarité avec Cosette (Julia Sagnier puis Meghan Northan). En rupture avec la martyre corvéable, la fille de Fantine (Noémie Verlant) nourrit dès sa petite enfance, un indéfectible esprit rebelle, voire révolutionnaire.

Souvent au théâtre comme au cinéma, le recours aux classiques souligne la modernité dissimulée dans les œuvres d’autrefois. Ainsi Les 3 Mousquetaires version 2023 (Martin Bourbolon) s’assimilent à un commando du GIGN. Dans son approche des Misérables, Fred Cavayé signe une saga menée tambour battant, doublée d’une épopée intemporelle qui occupe l’affiche au moment où, dans les rues, les émeutes succèdent aux manifestations.

Rien que le juste ordre des choses.

Photographies : Curiosa Films, Eskwad, Studio Canal, TF1 Films Productions

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