Ne serait-ce l’interdiction au moins de 16 ans et le choix de passer un moment dans un film d’effroi, le film s’amorce sur le ton d’une bluette pour teen-ager. Bear (Michael Johnston) en pince grave pour Nikki (Inde Navarette). Mais voilà : reflet d’une timidité compulsive, la crainte d’un revers paralyse ses initiatives. Ajoutons, pour corser les doutes, que l’objet de ses pensées lui témoigne une attention dès plus indécises.
Atermoiements et états d’âme se ramifient au gré d’échanges et conversations, mini-tunnels révélateurs des dispositions monomaniaques du jeune homme. Puis Obsession gagne en envergure lorsque, au comble de l’incertitude, Bear pousse la porte d’une boutique échappée du Gremlins de Joe Dante (1984).
En quête d’une breloque philosophale, le soupirant déniche une petite boîte oblongue, contenant, non un tube de dentifrice mais un mystérieux objet, sensé exaucer le vœu le plus cher de son propriétaire. Lors d’une énième poussée d’affliction, Bear brise l’objet à son seul désir : être aimé de Nikki.
Le trajet de Curry Barker n’est pas sans analogies avec l’ascension de Jordan Peele. Repéré par ses apparitions dans la série Comedy Central, l’humoriste surprit son auditoire avec Get Out (2017). Le succès fut au rendez-vous pour ce premier film, réquisitoire antiraciste où s’entremêlent satire pamphlétaire et crescendo terrifiant.
Co-auteur avec Cooper Tomlinson de clips humoristiques, diffusés sur leur chaîne YouTube, Curry Barker pose à son tour sur les grands écrans une étonnante variation autour de féeries millénaires.
La réalisation du souhait se traduit par une anatomie de l’attachement, proche de la dépendance affective. L’état se matérialise par des symptômes hystériques, voire physiologiques, aussi soudains qu’incisifs. Enfer domestique, décryptage d’une spirale névrotique, d’un processus d’emprise ; les péripéties multiplient les champs de compréhension. L’ambivalence ingénieuse des ombres à la lumière éclaire l’équivoque des personnages, tous deux confis dans leur indétermination.
A la fois cérébral et expressionniste, le grand huit gagne en impact grâce au jeu d’Inde Navarette. Alias Nikki, folle d'amour, la jeune actrice jongle avec les contrastes bipolaires et laisse entrevoir un conflit intérieur, conséquence des pulsions qui dépassent ses vérités affectives.
Allégorie sur la vie à deux, dissection d’une dérive mentale, parodie cruelle d’une comédie romantique.., dans toutes les acceptions, la tension découle de l’imprévisible. A ce titre Obsession prend le contre-pied des (innombrables) bandes horrifiques dans lesquelles le spectateur possède plusieurs longueurs d’avance sur des péripétie ultra stéréotypées.
De l’exposition déroutante au codicille digne des meilleures paraboles, Curry Barker travaille l’inattendu et la combustion lente. Bande de petit malin ? Opus prometteur d’un défricheur émergent ? Toujours est-il que son Obsession s’élève très haut, au dessus du tout-venant.
Photographies : Le Pacte distribution.