Marleen en quatre chapitres

Actualité du 04/09/2026

 

Trois inconnues tabassent pour le compte le directeur d’une boutique de prêt-à-porter (Le Silence autour de Christine M. 1982). Aux abois, une mère de famille rejoint une maison close (Miroirs brisés 1984). Rescapés d’une catastrophe aérienne, deux femmes et cinq hommes organisent leur survie sur une île déserte (The Last Island 1992). A la fin de la seconde guerre mondiale, une quadragénaire et sa fille réintègrent la métairie familiale (Antonia et ses filles 1995).

Ainsi peuvent se résumer les quatre premiers films de Marleen Gorris.

Couronnée en 1996 par l’Oscar du meilleur film étranger pour Antonia et ses filles, la réalisatrice néerlandaise connut une brève consécration qui lui permit d’enchaîner des coproductions internationales, souvent inspirées par d’illustres écrivains : Virginia Woolf (Mrs Dalloway 1997), Vladimir Nabokov (La défense Loujine 2000).. .

La distribution des opus tournés en amont dans son pays natal, met en évidence la singularité d’une cinéaste, attachée à une grammaire classique, au service d’une perception féministe dès plus affûtées.

 

 

Film de procès (Christine M.), mélodrame social, pigmenté de chronique criminelle (Miroirs), récit d’aventure (Last Island), comédie pastorale (Antonia), Marleen Gorris cultive un attachement indéfectible à un cinéma de genre, dont les structures balisées véhiculent des perceptions devancières.

Dans un lupanar, un tribunal, un atoll ou une cour de ferme, chaque trame dramatique participe d’un portrait de groupe, écheveau de récits satellites, florilège de points de vue.

A l’approche kaléidoscopique se greffe une authentique virtuosité dans l’usage des contrastes et ruptures de ton. Le vérisme physiologique du ménage matinal au sein d’un clandé, le mépris condescendant à l’égard d’une secrétaire de direction, l’insistance épuisante d’un gamin en rut.., tranchent avec les regards entendus, les fous rires instantanés et les connivences apaisées qui, de film en film, animent les dames de Marleen.

A l’exception d’Antonia où le masculin reste admis sous la gouverne du féminin, l’avenir d’une communauté réside dans le gynécée. Le diagnostic ignore cependant les imprécations radicales, au profit de paraboles agencées avec entrain et précision.

 

 

Maternité hors du couple, autorité en intelligence, communions saphiques ou hétérosexualité bien comprise.., ces préconisations ne relèvent pas d’injonctions infusées dans la misandrie. Les conclusions se posent comme la conséquence logique, voire regrettable, d’une domination à l’atavisme insupportable.

Contemporaine des essais fondateurs et des recherches radicales de Marguerite Duras (1914-1992) et Chantal Akerman (1950-2015), Marlenn Gorris professe un féminisme libertaire qui partage la respiration débridée des films de complément et les excès (main sectionnée, corps molestés, victime séquestrée, carcasse crucifiée..) propres au bandes d’exploitation.

 

 

 

A la fois modeste par ses moyens, décomplexé par sa structure, complexes et ambitieux dans son discours, le cinéma de Marleen développe des visions forgées par l’expérience, tantôt du haut burlesque, parfois d’une sidérante brutalité. Au gré des péripéties, se dessine une utopie fataliste ou joyeuse, professée, le grand-guignol en moins, par Coline Serreau (Pourquoi pas 1977, Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux 1982).

Si le printemps fut marqué par la redécouverte de la norvégienne Anja Breien (1940-2026), la fin d’été place au premier plan Marleen Gorris, trublionne hollandaise, éclaireuse émancipatrice au sein de l’inextricable labyrinthe des relations entre les femmes et les hommes.

Les films de Marleen Gorris 

Dans les cinémas : Le Silence autour de Christine M., Miroirs brisés, Antonia et ses filles.

Sur Ciné + Classic : The Last Island.

Photographies : Extralucid films, Tamasa Distribution.

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