Mort à crédit

Actualité du 11/05/2026

 

Plan d’ouverture sur le visage de Benoît Hamon. La présence du candidat socialiste aux élections présidentielles de 2017, promoteur du Revenu universel d’existence et actuel président de la Chambre française de l’économie sociale et solidaire, entre en écho avec le titre du film : Sauvons les meubles.

Donc Benoît Hamon prend la pose devant l’objectif de Lucile (Vimala Pons). La photographe est très sollicitée depuis qu’elle a rendu beau Sarkozy. Un coup de fil et la quadragénaire hyperactive réintègre la maison familiale dans un village du Gard.

Le père (Jean-Luc Pireaux), le frère cadet et sa fille (Yoann Zimmer, Jane Cosme) : la famille se reconstitue au chevet de la mère alitée (Guilaine Londez).

Entre deux phonings ou SMS, dans la pénombre des volets entr’ouverts qui tempèrent la chaleur estivale, au milieu des images et bibelots qui organisent le bric-à-brac domestique, Lucile renoue des liens distendus avec une matriarche, à peine ravie par sa réapparition.

Une visite dans la boutique de fringues maternelle révèle un commerce pas vraiment florissant. Des voisines plus intéressées que compatissantes, des lettres jamais ouvertes trahissent une situation financière proche du désespéré.

Et lorsque l’aînée découvre le pot aux roses, les vannes cèdent à la panique et aux déchirements. Chaque famille a ses secrets. En l’occurrence, les cachotteries de maman épanchent un mode d’emploi du surendettement. Un crédit pour couvrir un crédit, une fuite en avant avec, à l’arrivée, une saisie des biens mobiliers.

 

Tour à tour, un comptable, une conseillère bancaire, un huissier assermenté décortiquent une spirale d’épuisement, dont ils sont à la fois, par leur proximité avec les débiteurs, les exécutants et les boucs émissaires.

Un drame familial sous fond d’approche documentaire, Catherine Cosme assume son cahier des charges dans une singulière subtilité. A l’écart des règlements de compte psychodramatiques, la réalisatrice accomplit un canevas ouvragé, où un haussement de voix, un trait d’humour oxygènent la dérive vers l’inéluctable.

Pour cette fine broderie, la scénariste-réalisatrice rassemble des interprètes au diapason. De cette distribution impeccable émergent la clairvoyance tranquille de Ophélie Bau, l’infirmière qui connaît mieux la mère que sa propre fille ; et les pirouettes de Jean-Luc Pireaux, paternel désemparé face à une réalité dont il s’est toujours soustrait.

Surtout, Guilaine Londez et Vimala Pons sécurisent le trajet périlleux. Assignée à des rôles de compléments (souvent mémorables : Liberté Oléron Bruno Podalydès 2001, Benedetta Paul Verhoeven 2021…), la première ignore les afféteries dans sa restitution de l’usure de l’âge et des atteintes de la maladie. Assignée à des prestations farfelues (La Loi de la jungle Antonin Peretjatko 2016), voire insolites (Vincent doit mourir Stephan Castang 2023), la seconde endosse dans une pudeur résolue la rancœur médusée de la fille aînée.

Sauvons les meubles se termine sur un départ, un hold-up et un bal. L’on ne saurait trouver conclusion plus judicieuse à cette introspection politique qui scrute l’intime pour mieux cerner des chemins de vie et des jeux de sentiments tortueux et universels.

Photographies : New Story Distribution.

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