Distribué dans les cinémas au terme d’un été dévasté par les dérèglements climatiques, Pressure soumet une décision historique aux incertitudes de la météo. Angleterre, fin du printemps 1944, le colonel James Stagg (Andrew Scott) franchit les contrôles du quartier général des forces alliées. Dès sa prise de fonction, le météorologue londonien se heurte à Irving P. Kirk (Kris Messina), son homologue américain, au sujet de l'intervalle propice au débarquement en Normandie.
Alors que le spectateur un tant soit peu cultivé et donc au fait de la date du Jour le plus long, bénéficie d’un temps d’avance sur le récit, le film de Anthony Maras agence néanmoins un suspense efficace, à base de choix stratégiques, dilemmes intimes et incertitudes des éléments.
Pressure s’inscrit dans la lignée des productions, pour la plupart britanniques, qui de Dunkerque (Christopher Nolan 2017) à La Ruse (John Madden 2021), de Churchill (Jonathan Teplitzky 2017) à Imitation Game (Morten Tyldum 2014), détaillent des épisodes plus ou moins documentés de la seconde guerre mondiale.
Par ailleurs, sur les écrans hexagonaux, après Les Rayons et les ombres (Xavier Giannoli), le diptyque De Gaulle (Antonin Baudry), avant Notre salut (Emmanuel Marre), Moulin (Laszlo Nemes), La Troisième nuit (Daniel Auteuil).., l’adaptation de la pièce de David Haig participe à un paysage cinématographique imprégné par ce moment de l’Histoire.
Cette présence massive résonne avec une conjecture marquée par d’inquiétantes résurgences. Conduite par un nostalgique de l’empire soviétique, l’invasion de l’Ukraine ravive la menace d’un conflit généralisé à l’échelle continentale. Les héritiers du fascisme aux manettes en Italie, les poussées électorales des partis néonazis outre-Rhin ; et, de par chez nous, les sondages irrésistibles en faveur d’une droite extrême, alliée à la sarabande consternante des ambitions présidentielles.., l’inspiration des cinéastes reflète plus que jamais une préoccupante contemporanéité.
Résistance ou collaboration, la dialectique relève d’une utopie dévoyée chez Xavier Giannoli ou d’un conformisme sans qualité pour Emmanuel Marre. Antonin Baudry y ajoute le sens de l’état et l’attachement à la démocratie. Ces principes poussent un officier isolé de tous à combattre l’Allemagne d’Hitler, rejeter la France de Pétain et refuser l’impérialisme financier de Roosevelt.
Dans Pressure, l’antagonisme entre les deux prévisionnistes est tranché par le général Dwight D. Eisenhower. Affiné et affûté, Brendan Fraser incarne un chef de guerre (et futur président des Etats-Unis), tourmenté de remords et de doutes. A la tête de la plus grande armada de tous les temps, l’officier écoute, soupèse et tranche en conscience, en faveur des scrupules de l’européen contre l’empirisme du yankee. Bref, le contretype intégral des postures misérables propres à l’actuel occupant de la Maison Blanche.
Requalifié par des artistes, démiurges pétris d’éthique et de probité, le recours à l’Histoire, déplace le regard sur un présent au bord du précipice. A charge pour chacun de suivre certains exemples et se garder des terribles égarements du passé. Quant aux caprices climatiques, moteur dramatique de Pressure, désormais plus prévisibles, ils nous surplombent, plus que jamais, de leur impitoyable et immuable transcendance.
Photographies : StudioCanal.