Un collectif une autorité

Actualité du 27/04/2026

 

Foyer de discordes chez Federico Fellini (Prova d’orchestra 1978), creuset d’intégration pour Marie-Castille Mention-Schaar (Divertimento 2022), la formation orchestrale demeure un inépuisable champ d’expérience des pratiques démocratiques.

Un collectif et une autorité, telle est la caractéristique affichée à l’ouverture de Nous l’orchestre. Rompu à ce qu’il définit comme des documentaires opéras (Traviata et nous 2012, Indes Galantes 2021). Philippe Béziat immisce son nouveau film dans le quotidien de l’Orchestre de Paris.

A raison d’un ou deux concerts hebdomadaires, cette formation de 120 musiciens, cofondée en 1967 par les chefs Charles Munch (1891-1968) et Serge Baudo, explore le répertoire moderne : Stravinsky, Chostakovitch, Bartok, Sibelius, Mahler.. .

L’immersion aux cœur de l’ensemble s'accompagne d'une performance synesthésique. Captée par 90 microphones, chaque prise de tournage fut l’objet d’un mixage spécifique, permettant d’isoler un instrument et de focaliser l’audition sur ce que l’on n’entend pas.

Saisir en gros plan l’attente d’un pupitre qui n’intervient que quelques mesures dans une exécution. Partager la concentration anxieuse d’un corniste à l’approche d’un solo. Découvrir le méticuleux processus d’entretien d’une anche de cor anglais.. . Les observations documentaires alternent avec les témoignages d’instrumentistes. Ici encore la synesthésie persiste. Des contributeurs à visages découverts alternent avec des phrases extraites de contributions souvent peu avenantes : Pendant des années, j’ai joué à côté d’un mur. C’est un con qui a un bon son. Mais ça reste un con.. .

Ce précipité dissonant d’acceptions terre-à-terre et de communions fraternelles, caractérise cette agora polyphonique, composée d’artistes de haut vol qui, faute d’accéder au statut de soliste virtuose, se sont résolus à rentrer dans le rang, à se fondre dans le collectif.

Au lyrisme syncopé des œuvres répond la grâce aérienne de la réalisation. En bordure du boulevard périphérique, calfeutrés dans le vaisseau majestueux de la Philharmonie de Paris, à l'intérieur de l’étonnant auditorium ou dans les studios de répétition, des femmes et des hommes peaufinent une harmonie, dissèquent une partition. Un vitrage sépare le tumulte du trafic de cette dissection de la Beauté. Nous l’orchestre détaille le travail d’artistes accomplis, réunis dans une communauté dédiée à l’élévation de la collectivité. Peut-on imaginer plus flamboyante illustration de la nécessité d’un service public de la Culture ?

L’audition à l’aveugle d’un violoncelle souligne que orchestre se double d’une association qui fonctionne à l'écart des passe-droits, par simple cooptation. Un collectif, une autorité. Le panache méticuleux du bouillant Klaus Mäkelä, la gestique minimaliste propre au vénérable Herbert Blomstedt ; le fauve, le sage, les chefs déterminent les contours d’une sonorité. L’essentiel pour les exécutants reste que l’égo reste bien placé.

Un musicien revient sur la monotonie des répétions d’une symphonie de Gustav Malher, dirigées par Pierre Boulez (1925-2016). Pourtant, au moment du concert, les musiciens délivrèrent une interprétation d’exception. Simplement par le respect des bases posées par le maestro.

La liberté dans un cadre. Peut-on trouver plus juste définition de la démocratie ?

Photographies : Les Films Pelléas / Pyramide distribution.

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