Western en Bulgarie

Actualité du 02/08/2026

 

Valeska Grisebach affectionne les histoires borderline, non par leur sujet mais par leur localisation. Diffusé en 2017, Western, son film précédent, suit un groupe d’ouvriers allemands, employés dans un chantier à la frontière de la Grèce et la Bulgarie. Neuf ans plus tard, L’Aventure rêvée s’étend, cette fois, à la bordure de la Bulgarie et la Turquie.

Les rencontres effectuées par la réalisatrice allemande lors du premier tournage sont à l’origine de cette nouvelle incursion dans cet état membre de l’Union Européenne depuis 2007, de l’Espace Schengen dès 2024 et de la zone euro depuis janvier 2026.

L’aventure en question débute dans la Passat de Saïd (Syuleyman Letifov). En route vers une cargaison de carburant diesel, il croise Veska (Yana Radeva), une amie de jeunesse, à la tête de fouilles archéologiques, à quelques encablures de la frontière turque. Le matin suivant la Passat est volée. Le lendemain, après une journée passée sur les vestiges, Saïd disparaît à son tour.

L’attention se polarise alors sur Veska. Remuée par ces brèves retrouvailles, l’archéologue descend de son chantier et se replonge dans une région et une faune dont elle s’est éloignée, voire échappée.

Les genres cinématographiques, ces formes à dominante masculine, nous en disent beaucoup sur la façon dont la société construit le genre. Ce qui m'intéresse, c'est de transposer les enjeux qui s'y jouent dans le quotidien, dans des lieux précis : la réalité comme terrain d'expérimentation pour la fiction.

Son approche, Valeska Grisebach l’applique à cette quête picaresque qui retravaille les stéréotypes du western américain. Outre la frontière et le territoire, pierres angulaire du genre, les villes fantômes deviennent des zones fantomatiques, contournées, abandonnées depuis la construction d’une autoroute. La ruée vers l’or cède la place au trafic d’or noir. Les shérifs restent hors champ et les riches propriétaires adoptent la bedaine gominée de caïds, arc-boutés sur leur pré carré.

Sans oublier la vengeance. Universel et inaltérable, le thème s’illustre ici, dans des comptes qui se règlent, non plus en plein soleil, entre la banque et le saloon ; mais au gré de nuits d’été, lors de conversations où, face à des hommes interdits, les femmes se remémorent les avanies passées. Où, plus tard, sans se départir d'un aplomb tranquille, Veska met ses interlocuteurs au pied de leurs instincts grégaires et de leur misérables dominations.

Attachée aux fondamentaux néo-réalistes : décor naturels, interprètes non professionnels, Valeska Grisebach déroule une errance introspective au sein d’un paysage en friche, admirablement photographié par le fidèle Bernhard Keller.

Déterminée, placide, solaire, Yana Radeva (véritable géologue de formation, recyclée dans la vente de cosmétiques) arpente ce quasi no man’s land, à la recherche de Saïd (Syuleyman Letifov, diplômé de l’école de transports, puis cuisinier et actuellement vendeur de pièces automobile).

L’Aventure rêvée, retravaille les modèles classiques : Les Deux Cavaliers (John Ford 1961), Impitoyable (Clint Eastwood 1992).., jusqu’à La Dernière Piste (2010) et First Cow (2019), néo-westerns signés Kelly Reichardt, au prisme des œuvres de regard chères à Wim Wenders et Michelangelo Antonioni (1912-2007).

L’exercice référencé dresse la cartographie d’une terre et d'un peuple oubliés de la Nouvelle Europe. Il brosse encore le portrait d’un couple rompu par les épreuves, solidifié par les rebonds. Deux belles personnes, incarnées par des interprètes au naturel dès plus charismatiques.

Photographies : Haut et Court Distribution.

 

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