Jean Vidal et Michel Roux

 

Jean Vidal est alpiniste et fils d’alpiniste. Avant de raccrocher pitons et piolets. Il décide de défier L’Ombre vorace, de rejoindre le sommet de l’Annapurna, sur les parois duquel son père disparut 30 ans auparavant .

Michel Roux est acteur. Il partage ses journées entre le cabinet du médecin et le tournage d’une série télé de petite envergure. Jusqu’au jour où un réalisateur grand public mais non dénué de talent, lui propose le rôle principal de son prochain film, adaptation de la biographie d’un illustre alpiniste. L’ouvrage est rédigé par son fils : un certain Jean Vidal.

Fantôme du père, résurgences des souvenirs, ces thèmes, déjà palpables dans Quand je rentrerai à la maison je serai un autre, présenté lors du Festival d’Avignon 2015, imprègnent à nouveau la dernière création de Mariano Pensotti.

Le dramaturge alterne deux monologues, deux récits. De part et d’autre du plateau : Jean et Michel, le grimpeur en quête d’ascendant et l’acteur en mal d’incarnation, racontent leur épopée, l’un vers les sommets, l’autre face aux caméras. Entre les deux, trône un mur de glace ou de miroirs qui perturbe les trajets, qui déforme les reflets.

Une ombre vorace déroule un dialogue entre deux hommes qui ne se parlent pas. Doutes de l’interprète, trouble de l’escaladeur, la narration combine le compte rendu factuel et les états intérieurs. Les instants d’incertitude percutent les anecdotes cocasses ; le fol enthousiasme, les spirales asthéniques.

Formidablement interprété par Cédric Eeckhout et Elios Noël, l’étourdissant imbroglio s’arrime aux écrits labyrinthiques couchés par Jorge Luis Borges (1899-1986) ou Julio Cortazar ( 1914-1984), deux illustres compatriotes de Pensotti.

Influences plus proches, inhérentes au cinéma, l’on songe à Trenque Lauquen (Laura Citarella 2022) ou Los Delincuentes (Rodrigo Moreno-2023). Venues d’Argentine, ces deux bandes cigognes mitonnent un précipité d’observations documentaires, charge politique et suspense romanesque, fricotés dans une liberté narrative dès plus réjouissantes.

La fiction nous touche à un endroit de vérité.

Énoncée vers le terme du spectacle, la phrase résume à merveille cette vertigineuse odyssée, réunissant un mur, deux acteurs, et deux tapis roulants. Une Ombre vorace est une affaire qui marche.

 

Entretien avec Cédric Eeckhout et Elios Noël, à l'issue de la générale.

Tournée du 3 au 20 juillet:

mercredi 3, 20h : Cour du Château d’Aramon    

 jeudi 4, 20h :  Salle Roger Orlando à Caumont-sur-Durance    

 vendredi 5, 20h : Salle des fêtes La Pastourelle à Saint-Saturnin-lès-Avignon    

 samedi 6, 20h : Salle polyvalente de Pujaut    

 lundi 8, 20h : Site archéologique de Glanum à Saint-Rémy-de-Provence    

 mardi 9, 20h : Forum des Angles, salle Blanchard    

 mercredi 10, 20h : Espace Baron de Chabert à Barbentane    

 jeudi 11, 20h : Complexe sportif Jean Galia à Rochefort-du-Gard    

 vendredi 12, 20h  : Arènes Robert Garlando - Roquemaure    

 lundi 15, 20h : Cour du château de Vacqueyras    

 mardi 16, 19h : Théâtre Benoît-XII    

 mercredi 17, 19h :  Théâtre Benoît-XII    

 jeudi18, 20h :  Arènes de Vallabrègues      

 vendredi 19, 20h : Festival Villeneuve en Scène    

 samedi 20, 20h : Cour du château de Saze

Réservations : https://festival-avignon.com/fr/edition-2024/programmation/une-ombre-vorace-348474

Photographies : Christophe Raynaud de Lage, Michel Flandrin.

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