La langue du pouvoir

Ainsi le théâtre de Nîmes fut détruit par un incendie provoquée par une certaine Eva Glosset, après que son beau-fils chanteur lyrique, eût été licencié à cause de son accent.

Voilà l’un des faits, à priori historique, développé dans Parler pointu.

Méridional de naissance, Benjamin Tholozan s’exila à Paris pour étudier le théâtre où il fut prié de fermer ses « o » et de déplacer ses accents toniques. A tel point que, de retour au pays, le désormais acteur constata que ses proches ne l’entendaient plus. De là naquit Parler pointu.

Sous le regard de Hélène François, accompagné des riffs bidouillés par Brice Orman, le bonhomme se lance dans une confession, doublée d’un manifeste savant, qui s’ouvre sur un pastaga, se poursuit par une gardianne de taureau et se clôt au son d'un hymne à langue (et culture) occitane.

Entre temps l’on aura tracé du XIIIème et la croisade contre les albigeois jusqu’aux paradoxes du parler genré d’aujourd’hui, en passant par le zozotement du Roi Soleil et l’éloquence, la précision, la pureté, prônées par le dictionnaire de l’Académie française.

Selon l’étymologie : Province signifie terre des vaincus. Et le langage officiel reste toujours le verbe des vainqueurs. Fort de cette constatation, Benjamin Tholozan conduit un exposé au fil duquel Cathares voisinent avec catharsis et argumente une réflexion, moins sur le pouvoir des mots que sur la langue du pouvoir.

Frappé du sceau du chant lyrique, de la corrida et d’Almodovar, Parler-pointu extirpe les racines, célèbre la connaissance et, par dessus tout, professe l’exercice d’un gai savoir.

Interview de Benjamin Tholozan à l'issue de la représentation à Caumont Sur Durance.

Parler pointu : 19H15, du 4 au 21 juillet, La Manufacture-Ecoles. Relâche le mercredi.

Photographies : Marie Charbonnier.

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