Un point d’interrogation qui tape du poing sur une table. Réalisée par l’agence marseillaise Perméable, l’affiche annonce l’esprit du prochain Festival d’Avignon. Tiago Rodrigues et son équipe promettent une fête des questions. Une façon d’éclairer un monde rempli de mauvaises réponses et d’éluder, au passage, les ferveurs nostalgiques concomitantes à la 80ème édition.
22 jours, 300 évènements dont 47 spectacles et 2 expositions, 30 créations, 10 pays représentés, 24 artistes français, 25 internationaux, dont 27 femmes, 16 hommes et 6 collectifs, 67 % de primo-arrivants.. ; le Festival s’amorcera le 4 juillet, à la FabricA, dès 11h, avec l’arrivée de Tiphaine Raffier. Ses Oeuvres de miséricorde furent terrassées par le coronavirus et les annulations de l’été 2020. Six ans plus tard, la dramaturge ouvre l’évènement avec L’hors-présence, huis-clos autour d’une fin de vie, au sein duquel les fantômes se confondent avec les vivants.
Actrice,Tiphaine Raffier fut l’une des compagnes de route de Julien Gosselin qui, le soir de ce 4 juillet, entrera dans la cour d’honneur du Palais des Papes. Cet enfant d’Avignon (6 créations depuis Les particules élémentaires en 2013) affine les convergences entre théâtre, cinéma et littérature.
Quand l’art côtoie le mal, tel est le fil rouge de Maldoror. Dix ans après 2666, le metteur en scène convoque à nouveau les écrits de Roberto Bolaño, écrivain chilien qui entre en dialogue avec les poèmes de Lautréamont (1846-1870).
Le 4 juillet encore verra les premières de Island Story (Gymnase Aubanel) et MULJIL (Cloître des Carmes). Les deux propositions entrent dans le focus coréen. Après l’anglais (2023) , l’espagnol (2024), la langue arabe (2025), le Festival pousse plus loin vers l’orient.
Les arts vivants made in Corée (du sud) oscillent entre tradition et documentaire. A ce titre dans Island Story, Kyung-Sung Lee orchestre une création collective autour de la répression sanglante du soulèvement sur l’île de Jeju en 1948.
Le même épisode historique est à l’origine de Impossibles Adieux. Publié en 2021, le roman de Han Kang, Prix Nobel de littérature 2024, inspire deux adaptations. La première (Oiseau) est portée par Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee, duo d’actrices dirigé par Julie Deliquet, pour deux soirées (15-16 juillet) au sein de la Cour d’honneur du Palais des Papes. Sur la même inspiration, au cloître des Carmes, Che dolore terribile é l’amore, la dramaturge italienne Daria Deflorian place les considérations intimes au prisme de la vérité historique.
Les plongeuses, cueilleuses de coquillages, alimentent l’inspiration de MULJIL. La metteure en scène Jinyeob Lee immerge quatre personnages dans des aquariums géants. La suspension de l’apnée croise les questionnements sur les origines de la vie et les traversées mortifères.
Au gymnase Mistral, Jaha Koo signe trois créations. Entre performances et installations Cuckoo reflète la solitude endémiques du quotidien. The History of Korean Western Theatre examine les influence occidentales sur l’identité culturelle de son pays. Haribo Kimchi donne la parole aux produits proposés par un pojangmacha, foodtruck coréen.
Comme on l’imagine, la crise climatique inspire 1 degree Celsius, pièce pour sept danseurs signée Sung In Her (Cour Saint Joseph). Une voix, un tambourin ; seule sur la scène de l’Opéra Grand Avignon, Lee Jaram, référence du Pansori moderne, adapte avec Neige, neige, neige, Maître et serviteur, une nouvelle de Léon Tolstoï (1828-1910).
Retour à la journée d’ouverture du 4 juillet. Dans le cocon à l’italienne de l’Opéra du Grand-Avignon, Carolina Bianchi et le collectif Casa de Cavalo présenteront Uma Luz Cordial. La création de ce troisième volet sur le viol et la violence dans l’art, sera suivie par l’intégrale de Trilogia Cadela Força (10H de représentation) les 12 et 13 juillet.
D’une performeuse à l’autre, découverte, elle aussi, lors du Festival 2023 (Carte noire nommée désir), Rebecca Chaillon se pose entre les deux platanes du Cloître des Célestins. La Parabole du Seum dresse une tentative de survie ancrée en Seine-Saint-Denis.
Avignon 2026 occasionnera quelques retrouvailles. Ainsi Gwenaël Morin bouclera son bail quadriennal avec le Jardin de la rue de Mons par une adaptation fleuve (3H30) du Deuil sied à Électre, trilogie dramatique signée par l’américain Eugène O’Neill (1888-1953). Au delà de la Durance, au pied de la falaise de Boulbon, sur un disque vinyl surdimensionné, Mathilde Monnier la chorégraphe et Lucie Antunes la compositrice questionnent le Silence, la notion de temps et l'écoute.
Sur l’autre rive du Rhône, la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon reçoit Mon Frère, création du suisse François Gremaud et Muette, solo-danse de Boris Charmatz. Autre solo, autre chorégraphe, à la suite de Angelica Liddell, Miet Warlop.., Trajall Harrel contribue à son tour à L’Histoire du Théâtre, cycle de créations institué en 2018 par le metteur en scène Milo Rau. Music Music désigne un solo, inventaire des mélodies et des musiciens, compagnons de vie du chorégraphe.
Trois ans après avoir promené son Addition en itinérance, le collectif Forced Entertainment revisite l’IA et en conclue que Everything must go-tout doit disparaître (Cour Saint-Joseph). En 2025 elle enchanta la Salle Benoît XII en lançant ses Fusées, loufoques et perchées. Cet été Jeanne Candel lâche une chèvre dans le Gymnase Mistral. Capra aligne des fables minutes, inspirées par les civilisations primitives et tricotées à la gloire de l’esprit humain.
Invités incontournables des festivals des années 1990-2000, Valérie Dréville et Guy Cassiers s'associent pour Thésée, sa vie nouvelle. La comédienne et le metteur en scène portent au plateau le roman autobiographique de Camille de Toledo et amorcent une méditation sur le souvenir et la transmission (L’Autre Scène).
Onze ans après The Last Supper, Ahmed El Attar réintègre ce même lieu. Salma, mon amour examine les conséquences des massacres du 7 octobre 2023 sur une famille de grands bourgeois égyptiens.
Découvert lors de la Semaine d’art d’octobre 2020, Étienne Minoungou investit le jardin du Musée Calvet. Au long de L’intraitable Beauté du monde, le conteur burkinabé anime une conférence-stand-up afro-caribéenne, où se tricotent les paroles d’Édouard Glissant (1928-2011) et Sony Labou Tansi (1947-1995).
Les arts du cirque occupent une place de choix dans l’été avignonnais. accueilli en 2004 et 2008, Johann Le Guillerm honore l’invitation du Festival et de Villeneuve en scène. A Villeneuve lez Avignon, le poète circassien exposera ses Architextures dans l’enceinte du Fort Saint-André et, sur la Plaine de l’abbaye, érigera ses Terces, nouvelles variations sur les équilibres instables.
Après avoir enthousiasmé les Hivernales de la danse 2023, le collectif XY investit la Cour d’honneur du Palais des Papes. Entre les murailles, au pied du cosmos, les 22 voltigeurs-porteurs franchissent Le Pas du Monde, une création marquée par les formes organiques et la métamorphose.
Toujours en provenance des Hivernales, Madeleine Fournier, à travers le mythe des Héliades, se penche, elle aussi, sur les transfigurations, à la fois fin de vie et renaissance (CDCN-Les Hivernales).
Pour son premier Avignon, Katerina Andreou investit la FabricA. Accompagnée des 14 danseurs de la compagnie nationale norvégienne Carte Blanche, How Romantic revisite la figure du couple, l’espace d’un marathon de danse, comme il en existait dans l’Amérique de la Grande Dépression.
Après le temps, le genre, le langage, Muriel Imbach, se lance dans une nouvelle Enquête poétique, cette fois autour de la famille. Dans Nous ou le paradoxe du Hérisson, le lien domestique déroule une cordée périlleuse mais joyeuse, à la croisée de la pensée philosophique et du théâtre jeune public (Salle Benoît XII).
Benoît XII toujours. Découvert et célébré pour le subtil et revigorant Koulounisation (Avignon Off 2022), Salim Djaferi prolonge ses réflexions sur le colonialisme. Documenté, affûté et espiègle, Bâtir investigue la configuration des grands ensembles urbains et met en abyme le concept d’architecture à hauteur d’homme.
Chez Marion Siefert, le lieu unique n’est pas un HLM, mais une casemate de luxe où se sont réfugiés un grand patron et son clan. Co-écrite avec le cinéaste Matthieu Bareyre, Bunker est une pièce d’anticipation qui ausculte les mutations du langage à l’aune du dérèglement climatique et des nouvelles technologies (FabricA).
Si la mythologie inspire un certain nombre de propositions, les partitions classiques sont l’objet de plusieurs adaptations.
Ainsi, L’Ennemi du peuple, pièce d’Henrik Ibsen (1828-1905), montée à Avignon en 2012 dans une production dirigée par Thomas Ostermeier, connaît un prologement. Un procès-après l'ennemi du peuple est imaginée par Christiane Jatahy et Wagner Moura. La metteure en scène et l’acteur, plébiscité l’an dernier avec L’Agent secret, film de son compatriote Kleber Mendonça Filho, prolongent la question de la vérité et des lanceurs d’alerte, à l’épreuve des réseaux sociaux (Gymnase Aubanel).
Un Festival sans Shakespeare serait indigne d’Avignon.
The Great Will et Hamlet sont au centre de deux créations. Chez le britannique Ben Duke, le prince du Danemark alias The Last Hamlet, monte une dernière fois sur scène, abandonne ses névroses et se tourne vers l’avenir (Cloître des Célestins). Hamlet encore, sera en tournée dans 16 communes du Vaucluse et Grand-Avignon. Après s’être colleté à la pièce accompagné par quinze, puis neuf, puis cinq acteurs, Thibault Perrenoud, livre et anime un Hamlet, chantourné pour trois interprètes. Le comédien-dramaturge entend revenir à l’essence des représentations du Globe Théatre : la proximité avec le public et la frugalité des moyens.
L’un des évènements d’Avignon 2026 reste le festin Molière organisé dans la Carrière Boulbon. Pour sa première venue à Avignon, le collectif tg STAN organise un collage à partir des farces et des comédies mordantes, un patchwork couturé par huit acteurs pour une quarantaine de personnages. 1,2,3 Poquelin enchaîne une sarabande collégiale comme une éclaircie dans un paysage saturé de Jourdain, d’Harpagon et de Trissotin.
Au-delà les habituels rendez-vous thématiques : Territoires cinématographiques, Rencontres professionnelles, Fictions France Culture, Soirées du Mahabharata, Le Souffle d’Avignon.., le programme du Festival se complète par des soirées exceptionnelles. Ainsi, poète, pianiste et baryton, Benjamin Clementine et son trio seront, le 19 juillet, en concert au coeur du Palais des Papes.
Les 24 et 25 juillet, les comédiens Eric Ruf et Denis Podalydès, chacun à leur tour, rejoindront la metteure en scène Andréa Jimènes sur le plateau de l’Opéra du Grand Avignon. Casting Lear décortique l’image du père dans une performance qui se réinvente à chaque représentation.
Enfin retour à la Cour d’honneur pour la clôture de l’édition 2026. A l’aube du 26 juillet (5 Heure), le 80ème Festival d’Avignon se refermera sur L’Aube des questions. Après avoir présenté, en avril dernier, le programme du Festival en 80 questions, Tiago Rodrigues, accompagné par Aurélie Charon et Patrick Boucheron, convie un aréopage de penseurs, artistes, scientifiques, activistes.., pour un lever de soleil, scandé en... 80 questions.
Conversation avec Tiago Rodrigues à un mois de l’ouverture du 80ème Festival d’Avignon.
Festival d'Avignon 2026 : du 4 au 25 juillet.
Réservations :
Site Internet festival-avignon.com à partir de 13h
Prévente magasins Fnac Avignon-République et Le Pontet de 13h à 18h (adhérents uniquement)
Site fnacspectacles.com à partir de 18h
Par téléphone : 04 90 14 14 14, du mercredi au samedi de 13h à 19h
Au guichet Cloître Saint-Louis, 20 rue du Portail Boquier, Avignon, du mercredi au samedi de 13h à 19h
+ Tous les magasins Fnac
Guichet et téléphone, tous les jours de 9H30-14H puis 16h à 18h30
20 rue du portail Boquier / +33 (0)4 90 14 14 14
Site Internet et application mobile 24h / 24h
Pendant le Festival, toutes les ventes sont arrêtées 5 heures avant chaque représentation. Elles reprennent 1 heure avant, sur chaque lieu, dans la limite des places disponibles.
Photographies: Hugo Glendinning, Philippe Laurençon, Festival d'Avignon.