Hamlet marque de sa jeunesse tourmentée, l’édition 2026 du Festival d’Avignon. Toujours en tournée nomade, conduite par Thibault Perrenoud et ses deux complices, le Prince du Danemark vit, par ailleurs, ses derniers tourments entre les deux platanes du Cloître des Célestins.
Car il faut savoir que, plombée par son archaïque misogynie, la pièce est désormais cancellée de toutes les affiches. Ainsi s’avance à Avignon, The Last Hamlet, le der des ders, ultime descendant d’une longue lignée d’héritiers névrosés, désormais promise à l’effacement.
Donc Hamlet traîne son lourd passif jusqu’à l’avant-scène et se débarrasse, pour solde de tout compte, de sa tirade emblématique.
D’une muraille de cartons, synonyme de déménagement et d’antécédents à charge, le dauphin apure ses afflictions, dans l’espoir d’un rachat, d’une indulgence, en quête d’une dernière chance.
Étudiant à la Guildford School of Acting, élève de la London Contemporary Dance School, Ben Duke est, en outre, titulaire d’un diplôme de première classe en littérature anglaise de l’Université de Newcastle.
Muni de ce solide bagage, encouragé par une première tentative sur Roméo et Juliette, Ben Duke escalade à nouveau un sommet Shakespearien.
Lorsque nous prenons une histoire connue de tous (…) et que nous l’altérons, le public est en alerte : il croit la reconnaître et, soudain, ne la reconnaît plus.
Tout part donc du texte, auquel se greffent des commentaires, puis des objets, des masques, des chansons et des segments dansés. Ainsi The Last Hamlet propose un voyage dans le mal-être d’un héritier et, plus largement, dans l’inspiration d’un démiurge génial peu préoccupé par le statut des femmes, un dramaturge hors-norme, dont les héros, à quelques exceptions près, demeurent sans descendance.
Sur le modèle shakespearien, Ben Duke et ses deux formidables partenaires acteurs-danseurs : Hanna Shepherd et Miguel Altunaga, jonglent avec les registres. La gravité se glisse dans l’ironie, la pantomime augmente la fantasmagorie. Le poids des corps, la sensualité des gestes affermissent connivences et désinvoltures.
The Last Hamlet arbore tous les atours du Great Show, à savoir un spectacle dosé au millimètre et mené à la seconde près. Mais il se double d’une étude iconoclaste, d’une subtile mise en question d’un chef-d’œuvre universel au regard des analyses et injonctions du moment.
A cet effet Ben Duke souligne qu’un simple déplacement du point de vue prévaut contre toute censure. A ce titre, regardons Hamlet autrement. Mais surtout continuons à jouer Hamlet.
The Last Hamlet : 22H, Cloître des Célestins. Jusqu’au 24 juillet.
Réservations : https://festival-avignon.com/?cat=1001
Photographies : Christophe Raynaud Lage / Festival d’Avignon.