Vu d’Avignon, Tim Etchells affectionne les débits de boisson et les répétitions. Dans L'Addition, créé en tournée nomade lors du Festival 2023, l’épanchement répété d’une bouteille de vin dans un restaurant, débouchait sur une allégorie autour de la surconsommation et des relations de domination.
Trois ans plus tard, le vaste plateau de la cour Saint-Joseph apparaît jonché de cannettes et de verres vides. Les six protagonistes (à parité), de Everything must go participent d’un moment arrosé dès plus conventionnel. A ceci près qu’ils délivrent leurs textes en lip-sinc (playback en français).
Traitées et restituées par une intelligence artificielle, les réparties récurrentes s’altèrent au fil des restitutions. Il en est de même pour les images qui défilent en boucle sur la barrière d’écrans en fond de plateau.
La fête se poursuit durant 90 minutes. Les vêtures et perruques s’échangent, les verres (en plastique) s’empilent ou s’envolent, les chopines s’extraient puis réintègrent leurs casiers.
Tour a tour dans de beaux draps, sur le point de verser de l’huile sur le feu ou conscient du mauvais qui sommeille au fond de chacun de nous, un petit monde s’ébroue, pérore et brasse du vent.
La reproduction des situations jusqu’à épuisement, renvoie aux injonctions festives qui régissent la vie sociale ; mais aussi à l’appauvrissement du langage qui restreint les raisonnements à un chapelet d’aphorismes et d’idées reçues.
Pour le dramaturge britannique et sa bande (forgée dans l’endurance), le proche avenir est pavé de bugs, de fast fashions, de matières plastiques et de cadavres de bouteilles. Une chose est sure : Everything must go / Tout doit disparaître.
Everything must go : 22H, Cour Saint-Joseph. Jusqu’au 22 juillet.
Réservations : https://festival-avignon.com/?cat=1001
Photographies : Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon