Lors du Festival d'Avignon 2012, dans sa mise en scène de Un ennemi du peuple, pièce de Henrik Ibsen (1828-1906), Thomas Ostermeier, à chaque représentation, incluait un débat interactif avec le public quant’à la culpabilité du docteur Stockmann.
Avec Un procès, Christiane Jatahy et Wagner Moura, prolongent cette idée et livrent un addenda, une suite, une séquelle au texte original.
Rappel des faits : Tomas Stockman découvre la pollution des eaux de la station thermale, fleuron de la ville où il a son cabinet. Il entreprend d’informer la population mais se heurte à l’hostilité du maire, son propre frère.
Un procès livre les minutes des débats. Un jury populaire est désigné parmi l’assistance. Il est convié en fond de scène. Côté cour se tient l’accusation. A jardin, siège la défense menée par la propre fille de Stockman.
Celui-ci occupe le centre du plateau et son interprète Wagner Moura monopolise les attentions.
Un procès illustre la théâtralité propre au cessions d’assises. Interrogatoires, justifications, accusations, effets de manches, éclats d’indignation, les controverses vont bon train. Elles sortent parfois de leurs gonds, par l’engagement des protagonistes, dont Wagner Moura, offusqué, sanguin, aux antipodes du héros interdit de L’Agent secret film de Kleber Mendonça Filho, pour lequel il obtint un prix d’interprétation au Festival de Cannes 2025.
Comment jauger la responsabilité des électeurs qui portèrent au pouvoir Adolf Hitler ?
La question résume les dialectiques qui émergent des échanges. L’intégrité du lanceur d’alerte s’oppose à la légitimité de la municipalité. Il n’y a pas de vérité, il n’y a que des versions.
Exigence éthique, contraintes économiques, Un procès ne livre pas de solutions mais alimente une réflexion sur la pratique démocratique. Les discussions et disputes sont menés avec clarté, dans un tempo cinématographique.
Après Entre chien et loup (2021) adaptation confuse et redondante de Dogville, film réalisé en 2023 par le danois Lars Von Trier, Christiane Jatahy prolonge une pièce du norvégien Henrik Ibsen. Elle acquiert pour l’occasion une pleine réhabilitation.
Un procès : 18H Gymnase Aubanel. Jusqu’au 22 juillet.
Réservations : https://festival-avignon.com/?cat=1001
Photographies : Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon