Sébastien Lanz affectionne les gageures. Après L’Enseignement de l’ignorance, adaptation de l’essai publié en 1999 par le philosophe Jean-Claude Michéa, le bonhomme s’attaque à Belle du Seigneur et aux Valeureux, les deux derniers volets de la tétralogie littéraire entreprise, entre 1930 et 1969 par Albert Cohen (1895-1981).
Quelque part dans une prison, une hackeuse altermondialiste, Gentiane de Pâmefoudre, partage sa cellule avec Nausicaa (dite Nono), escort girl reconvertie lanceuse d’alerte.
Au cours d’une échauffourée, Laura, la gardienne, égare un pavé de papier dans lequel Nono s'aventure jusqu'à s'en trouver bouleversée.
Sur ce prétexte, s’amorce un huis clos à tiroirs, précipité de solitudes, chacune illuminée par une inspiration prolixe et flamboyante. Repères temporels et récits de vie enlacent les discours intérieurs. Au fond d'une geôle ou dans un temps d'autrefois, les passions s'épanouissent, les relations se désagrègent. La ferveur se fane dans la rancœur. La communion se délite dans les soupçons.
Lyrique et cristalline, la langue d'Albert Cohen dévale telle une cascade, apprivoisée par Juliette Jouniaux, Justine Boulard, et Héléna Vautrin. En solo ou en polyphonie, chacune dévale le torrent dans une conviction toute en maîtrise et subtilité.
Ode à la résistance, apologie de l'instinct de survie, par l'intensité de l'imaginaire et la force du langage, Et vivre était sublime tient de l'éloge de la transmission, doublée d'une utopie théâtrale, emportée par un trio de stradivarius.
Rencontre avec Héléna Vautrin (actrice), Sébastien Lanz, (musicien-adaptateur), et Régis Rossotto (conseiller à la mise en scène), à quelques jours de la création à l'automne 2024.
Et vivre était sublime : du 4 au 25 juillet, 20H30, Artéphile Théâtre. Relâche le dimanche.
Réservations : https://www.artephile.com/
Photographies : Matthieu Lionard.