Cachez ce sein et fermez la porte

 

Le Nouveau Théâtre Populaire est indissociable d’une mémorable Nuit Molière, proposée lors du Festival d’Avignon 2021. A cette occasion, le collectif des Bois d’Anjou, en Pays de Loire, accola dans la foulée Tartuffe, Dom Juan et Psyché.

Cinq ans plus tard, le NTP remet Tartuffe sur l’ouvrage avignonnais. Mais cette fois, le plein air bi-frontal de la cour minérale de la Faculté Sainte Marthe cède la place au vaste plateau de la Scala 600.

Pour le reste Orgon, Elmire, Dorine et le faux dévot trônent droit dans leurs alexandrins.

Donc, un pseudo-calotin lie relation avec un notable en mal de repentance. Or, sous couvert de prières et chapelets, le bonhomme nourrit la ferme intention de séduire sa séduisante hôtesse.

Dans Tartuffe il y a donc un bigot imposteur et un cocu en puissance. A ce titre, Tartuffe respire la comédie vaudevillesque et le drame religieux.

Fort de cette constatation, Léo Cohen-Paperman active le mouvement. Sa mise en scène multiplie et sur-amplifie les portes qui claquent, sous l’action de femmes, d’hommes, de travestis, de noir vêtus de la tête au pied.

Face à cette sombre sarabande, l’on songe à une farce de tréteaux, revue et corrigée par Carl Theodor Dreyer (1889-1968), cinéaste très scandinave et absolument protestant, par ailleurs formaliste de haut-vol, comme en témoignent Jour de colère (1943) et Ordet (1955).

En ces temps de régressions puritaines, au moment où certains espaces médiatiques accordent table ouverte aux prédicateurs ignares et autre agité du bocage, les filles et les gars du Bois d’Anjou en appellent à Molière afin d’un exorcisme aussi salutaire que réjouissant.

Sur que face au Tartuffe du NTP, Poquelin, Feydeau et même l’austère Dreyer, là-haut, doivent bien s’amuser.

Tartuffe : 10H, Scala Provence, du 4 au 25 juillet. Relâche le lundi.

Photographies : Vahid Amanpour.

Retour à la liste des articles