5 secondes c’est le temps de fermeture des portes d’une rame de RER.
En 5 secondes une femme disparaît après avoir abandonné son nourrisson dans les bras d’un voyageur.
5 secondes désigne la pièce écrite par Catherine Benhamou portée à la scène par Hélène Soulié.
Le fait-divers marque le point de départ d’un récit qui tient du compte-rendu et du conte tout court. L’échantillon de la détresse quotidienne ouvre la voie à un rapport à la première personne. Une échappée parmi les pensées intérieures d’un quidam, qui, ce jour-là, entreprit d’aérer son état dépressif et se retrouva bardé d’un accablant fardeau.
La situation inouïe entraine stupéfaction et désarroi. L’égarement d’une mère désespérée, l’incrédulité des policiers, les résurgence mémorielles, alimentent l'engorgement émotionnel. Car ça se bouscule grave au centre de la tête du récipiendaire, assailli par la souvenance de sa propre enfance.
Un masque de catcheur, un ballon azur, une poussette, une marionnette, des étoffes, un clavecin.., participent d’un inventaire fantasmatique, mis en vie par Maxime Taffanel. Physique de nageur de haut niveau, confer son solo autobiographique Cent Mètres Papillon (2018), gestuelle aérienne, le bonhomme habite le plateau de son énergie distanciée.
Porté par un géant au regard d’enfant, 5 secondes se suit comme un livre d’images, s'éprouve en un éventail de sensations où la maternité amorce la détresse et le masculin avance ses fragilités. L’invention de la mise en scène insuffle toute son envergure à l’écriture imagée, au fil de ce seul en scène traversé d’un insondable malheur et de la plus tonique des candeurs.
5 secondes : 12H40, La Manfacture Intra.
Photographies : Pauline Le Goff.