Il se passe toujours plein de choses à l’intérieur et aux pourtours des castelets construits par les Deraïdenz. Beaucoup moins monumentale que l’édifice où s’écoule Le dernier jour de Pierre, la structure de Marjoline s’apparente à une armoire rechapée d’un chiffonnier.
Dans cette boîte à extravagances, la jeune Marjoline entreprend une étonnante épopée. Précisons qu’à l’origine, la demoiselle s'affiche plutôt sédentaire. Des accords de guitare sans lendemain, des lectures vite délaissées, rien ne résiste au carré de verre auquel elle accorde l’essentiel de son attention.
A tel point que survient l’inévitable : la gamine est si accaparée qu’elle se trouve absorbée de l’autre côté de la vitre. Dans un drôle de pays des merveilles, la primo-arrivante devient une figurine manipulée face à des créatures plus ou moins avenantes.
Lewis Carroll côtoie le mythe de Narcisse dans cette fable picaresque imaginée par ses interprètes. Marjorie Pagliai et Coline Agard donnent vie et tracent les péripéties de Marjoline. Le culte des apparences, l’addiction aux réseaux génèrent cette équipée, hérissée d’inquiétudes joyeuses et de loufoques excentricités .
Les précipices de l’ignorance virtuelle, le désarroi de la solitude numérique se déconstruisent au fil d’une odyssée, bariolée d’illusions à vue et d'apparitionss bidouillées.
A la vulgarité décomplexée, à la froide bêtise algorithmique, Marjorie, Coline épaulées par Léa Guillec à l’écriture et Baptiste Zsilina pour la mise en scène et la construction, opposent une fantaisie artisanale, une élégance iconoclaste, enveloppées dans une palette subtile et exécutée 100% à la main.
Rencontre avec Léa Guillec, sur cette nouvelle création et les activités estivales de la compagnie Deraïdenz.
Marjoline : samedi17, dimanche 18 octobre, 14h15 et 16h15 – Durée : 40 min. Festival Les Petites Formes, Montfavet
Photographies : Serge Gutwirth, Michel Flandrin.