Le troc, la débrouille, la rue. Trois mégots, deux verres, un coin d’abri, un lit de carton pour passer la nuit.
Ainsi se plante le décor de Vagabond. La nouvelle création écrite et mise en scène par Gérard Vantaggioli, renoue avec les aires incertaines dans lesquelles l’auteur aime s’égarer.
Au pied de l’insolite (et légendaire) escalier en colimaçon qui borde le plateau du Théâtre du Chien qui fume, Stéphanie Lanier et Jean-Marc Catella fraient avec le contre-emploi. La blonde hitchcockienne verse dans la gouaille et le bouillant transalpin tempère ses effusions.
Salvatore Caltabiano donne corps aux ombres qui rodent dans les environs. Il est venu en voisin (son théâtre n’est pas loin du Chien), Le chien parlons-en. Car un clébard (façonné par Elise Cornille) s’ébroue sur le pavé, un corniaud affectueux qui confirme son statut de meilleur et infortuné ami de l’homme.
Comme toujours, le cinéma n’est jamais loin. L’on songe aux Portes de la nuit, titre sombre et maudit signé en 1946 par Jacques Prévert et Marcel Carné, duo à l’origine du fameux réalisme poétique.
Sur scène, l’expression se dilue dans une tranche de survie, qui relie la fiction et ses échappées romanesques à la plus banale des contemporanéités. Désormais aux pittoresques clodos d’autrefois se substituent les SDF inscrits dans le paysage de nos villes, asservies aux gagneurs, aux consommateurs et à l’esprit d’entreprise.
Avec Vagabond, Gérard Vantaggioli retourne vers le futur et pose une nouvelle dalle sur son itinéraire d’une mélancolie.
Rencontre avec Gérard Vantaggioli à 10 jours de l’ouverture de Festival d’Avignon.
Vagabond : 16H10, Théâtre du Chien qui fume. Du 4 au 25 juillet. Relâche le mercredi.
Photographies : Philippe Hanula