Aurélie Pitrat fut la collaboratrice du dramaturge britannique Howard Barker. Par ailleurs, elle porta à la scène Déjeuner chez Wittgenstein, pièce de Thomas Bernhardt (1931-1989). Il était donc naturel que Sept secondes d’éternité suscitât son intérêt.
Car la pièce de Peter Turini rééclaire les mythologies, comme le pratique souvent Barker et manie l’art du sarcasme que Bernhard hissa à son plus haut.
Donc, Sept secondes d’éternité propose une variation autour de la vie et la carrière de Heddy Lamarr (1914-2000).
Née Hedwig Kiesler, la fille d’un banquier viennois bénéficie d’une éducation privilégiée. Mais sa beauté précoce la conduit vers les studios de cinéma. En 1933, le réalisateur tchèque Gustav Machaty (1901-1963) la distribue dans Extase, film à prétention expérimentale où elle apparaît entièrement nue. Sur cette séquence d’une durée de sept secondes, se forgera la légende de la Femme la plus belle du monde.
Absorbée dans son fauteuil, un verre jamais très loin, l’actrice se raconte : ses débuts sur le vieux continent, sa fuite vers l’Amérique, sa rencontre avec Louis B. Mayer (1884-1957), fondateur de la toute puissante MGM, la firme au Lion.
Divine beauté, radieuse intelligence. En chemin et avant de poser les principes de la liaison Wi-Fi, Miss Kiesler inventera, tour à tour, la prothèse articulée par compassion et le tampon périodique par nécessité.
La mémoire bien arrosée, plantée dans un salon mental où un écran diffuse en boucle les sept secondes fatidiques, la diva vagabonde à haute voix. Vénalité paternelle, sexisme bas de gamme, diktats des nababs.., son récit truffé d’ellipses, de digressions, témoigne néanmoins d’un sens du détail des plus aiguisés et d’une distance ironique d’une haute causticité.
Aurélie Pitrat donne un timbre et une présence à cette figure hors-norme. Fantasme planétaire, actrice rétive, croqueuse de maris, kleptomane à son crépuscule.., seule parmi les hommes, Hedwig / Heddy brave les ultimatums, surmonte les brimades, enchaîne les nouveaux départs.
De l’immobilité émerge un flot d’images, d’anecdotes, de commentaires qui ignore le cloaque de l’amertume au profit d'une rage de vivre au vitriol (et au Pure Malt).
Précédé d’un truculent lever de rideau, assuré par Miss Aurélie herself, qui par la suite se tanque dans son ottomane, Sept secondes d’éternité survole le destin d’une actrice mythique avec aux commandes une comédienne de haut-vol.
Précisons pour terminer que, contrairement à ce suggère le texte, Heddy Lamarr a tourné quelques films superbes : Ziegfeld Girl (Robert Z. Leonard 1941), Angoisse (Jacques Touneur 1944), Le Démon de la chair (Edgar G. Ulmer 1946), Lady Without Passport (Joseph H. Lewis 1950),.. . Et bien entendu le mirifique Samson et Dalila (Cecil B. DeMille 1949).
Sept secondes d’éternité : 17H20, Théâtre Transversal. Jusqu’au 25 juillet. Relâche le mercredi.
Réservations : https://theatretransversal.com/?page_id=2291
Photographies : Joran Juvin.