Découverte en février, lors des dernières Hivernales d'Avignon, Léa Vinette revient en juillet sous les platanes du jardin de l’ancien Carmel.
Créé en 2022, Nox désigne le tout premier solo dansé et chorégraphié par celle qui affiche une belle carrière d’interprète aux côtés de Michèle-Anne de Mey ou au sein de la Cie La Drache. Conçue, au plateau, comme une entrée dans l’obscurité, la pièce est ici présentée dans sa version in situ.
Au cœur d’un après midi que les aléas climatiques transforment en fournaise, un corps émerge d’un amas de copeaux. Peu à peu la silhouette s’anime, une morphologie entre en vie, une androïde en bleu et or prend connaissance de ses capacités.
Arabesques baroques et syncopes de batterie accompagnent les mouvements succincts et répétitifs, propres aux style développé par la suite dans Eclats, le trio programmé récemment par les Hivernales.
Lorsqu’on apprend que Léa Vinette a longuement souffert d’une hernie discale, ce seule en danse, délivré sous une canopée au seuil de l’irrespirable, prend la charge d'une introspection à travers la rage de tenir debout, à l’horizon d’une renaissance.
Après Léa place à Gigi ! Du fond des bois Joachim Maudet s’insinue sur le plateau partagé.
Je suis la deuxième partie, je dois faire une proposition.
Croisé lui aussi lors des Hivernales 2024, le bonhomme n’a pas changé. Parole facile et grand corps embarrassé, Gigi s’adonne à un effeuillage contrarié par des vêtements trop bien sur son corps.
Le contraste fonctionne entre les micro mouvements de Léa et les gesticulations propres à cet échalas, échappé de l’atelier d’Alberto Giacometti (1901-1966) ou d’une comédie de Jacques Tati (1907-1982).
Le solo se termine sur le commentaire dansé d’une célèbre chanson de Dalida (1933-1987). Dans la tradition irrésistible de l’esprit italien, Joachim Maudet bavarde avec faconde et gigote dans l’autodérision. Gigi est un solo qui respire une truculente pudeur et une joyeuse élégance.
Nox (in situ) suivi de Gigi : 14H40, Théâtre du Train Bleu / Jardin du Carmel. Jusqu’au 16 juillet. Relâche le 10 juillet.
Réservations : https://theatredutrainbleu.fr/
Photographies par Jean-Philippe Buffereau, La Passerelle, Jean-Jacques Warroux, Claudine Lebreton.