Partir c’est mourir un peu

 

On serait dans un salon, autour d’un long canapé. Deux femmes, deux hommes devisent dans une douce alacrité. Les rires quelques peu crispés, la redondance des effusions donnent accroire que ils s’apprêtent à prendre congé.

Seulement voilà : les unes et les autres ne parviennent pas à franchir la porte. Donc, tous et toutes regagnent le sofa. Au diapason des partitions minimalistes, des variations discrètes altèrent ces répétitions

Construit sur une boucle temporelle, A Lonely Place convoque le cinéma. L’on songe à l’interminable Fête de la marmotte du Jour sans fin (Harold Ramis 1993) ou, plus grinçant, aux convives figés dans leur immobilisme dans l’Ange exterminateur (Luis Bunuel 1962).

Côté planches, ça fleure bon le Ionesco et ses Chaises. Mais Tchekhov n’est pas loin, à l’image du petit monde qui peine à quitter La Cerisaie.

A Lonely Place célèbre la joie de vivre ensemble et décortique le désir d’ailleurs confronté à la peur de l’extérieur. Lorsque le chacun pour soi attise le repli sur soi.

Reste à dégotter une échappatoire, à trouver une fin. Ici, l’épilogue verse dans le gestuel et le plastique (dans tous les sens du terme)

Depuis 2001 (une paye), Marie Blondel, Julien Bonnet et Thomas Gornet peinent à se séparer et bidouillent des objets à jouer qui travaillent l’insolite et les temps présents.

En un endroit isolé, aux côtés de Marianne Fontaine, les filles et les gars du Dagor animent un conte des temps incertains. La fable répétitive tient la cadence, pousse la chansonnette, s'égaye de colories et laisse au spectateur le soin de poser un regard, complice ou critique, à l’égard des velléités qui se ruminent ad libitum.

A Lonely Place : 20H25, Théâtre du Train Bleu. Jusqu’au 23 juillet.

Photographies : Thierry Laporte

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