Silences d'Espagne

 

Mes vacances d’enfant des années 90, je les ai passées chez mes grands-parents maternels, dans un pays que j’appelais l’Espagne.

Par ces mots, Faustine Noguès remonte vers les racines de l’étonnant seule en scène qu’elle anime dans la chapelle Sainte-Claire. Au cœur de l’écrin minéral annexé par le Théâtre des Halles, des bribes sonores, nappes harmoniques et quelques phrases, participent à une une épopée immersive et envoûtante.

Faustine appartient à une famille républicaine, persécutée et décimée par la guerre civile qui, dans la seconde moitié des années 30, déchira le peuple espagnol. Connaître, comprendre, la tâche s’avère ardue au sein d’une camarilla rompue aux zones d’ombres.

La dramaturge connaît les spectres qui hantent les salles de spectacles, gorgées des représentations passées. A ce titre et face aux silences de son entourage, Faustine se tourne vers la psicofonia, à savoir l’auscultation de la mémoire des lieux et des objets. Sur plateau, en un peu plus d’une heure, coiffés d’un casque audio, les spectateurs-auditeurs suivent le résultat de ses singulières investigations.

Débit posé, timbre cristallin, la guide concocte des émulsions à base de faits historiques, de souvenirs étouffés et de bribes sensorielles. Le cheminement mystérieux bénéficie des enluminures attentives, élaborées par Colombine Jacquemont, sous les aplats lumineux de Willy Cessa.

L’équipée se clôt sur la fin de la tyrannie et le retour de la démocratie. Happy end ? Pas vraiment. Car un armistice, une clémence s'avèrent parfois peu compatibles avec la réconciliation.

De l’amnistie à l’amnésie, dans le sillage de Grand Pays (2021), où s’agrègent comptes-rendus d’enquêtes et débats d’assises, Faustine Noguès approfondit la démarche documentaire, au fil d’une proposition qui dose les dénégations de la Grande Histoire et les dénis de l’auto-fiction.

Dans Psicofonia la pensée politique est en mouvement. Minutieuse, désarçonnante et captivante.

Psicofonia : 14H, Théâtre des Halles.

Photographies : Joséphine Supe, Christophe Raynaud de Lage.

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