Lorsqu’un ami de sa mère lui trouve un air de Maria Schneider, la jeune Marilou se précipite sur le net pour vérifier la ressemblance. Quelques clics déclenchent une cascade de sites pornographiques, en référence au Dernier Tango à Paris.
Dans ce film tourné en 1972 par Bernardo Bertolucci (1941-2018), une scène simulée de viol par sodomie fut tournée sans que la jeune Maria (20 ans à l’époque) en eut été prévenue.
La séquence et le succès international du film marquèrent et dévièrent à jamais la carrière de l’actrice, décédée en 2011 à l’aube de ses soixante ans.
Je sais que j’ai envie de la jouer. Mais je ne sais pas comment.
Là est la question qui préside à la répétition publique (sortie de résidence?) à laquelle nous sommes conviés.
A la fois réjouie et anxieuse, Marilou Aussilloux évoque sa Maria, à travers la projection de documents d’époque, d’extraits d’interviews et de transformations. Mais, en parallèle, Marilou, en complicité avec Théo Askolovitch, raconte Marilou, jeune, vive, obstinée, transportée par des rêves de réussite, proportionnels à ses soucis d’application.
Parfois les lignes se rejoignent lorsque, la débutante croise à son tour un monstre sacré. L’expression qui associe l’effroi et la vénération prend alors toute sa signification.
Au sombre réquisitoire contre l’emprise masculine en lice, entr’autres, dans les milieux du cinéma, Seule comme Maria préfère un alliage original entre documentaire, autofiction et lazzi humoristiques, preuves d’une détermination clairvoyante et d’un solide sens de l’auto-dérision.
Comme il est précisé dans le spectacle, Maria Schneider a tourné en 1975 un authentique chef-d’œuvre (Profession Reporter), réalisé par Michelangelo Antonioni (1912-2007), cinéaste qu’elle admirait.
Et Marilou Aussiloux fut tellement épatante dans La Pie Voleuse de Robert Guediguian (2024) que celui-ci la transforme en Femme d’aujourd’hui, son nouveau film à sortir cet automne. Il y sera question d’émancipation, d’agression et de reconstruction. Une raison supplémentaire de la découvrir en vraie dans son étonnante et tonique confession théâtrale.
Seule comme Maria : 11H35, La Manufacture / L’extra. Jusqu’au 21 juillet.
Réservations : https://lamanufacture.org/
Photographies : Valérie Labadie, Christophe Raynaud de Lage