Avoir sa mère sur son dos, l’expression trouve son illustration littérale dans Treize. Duo pour une marionnette à taille variable et une manipulatrice au nez proéminent, la création dresse l’anatomie d’une famille monoparentale.
Carole élève Axel en solo. Elle potasse les manuels d’éducation façon Ruffo-Dolto. Lui survole ses livres de classe et trimballe un endémique bourdon.
Juliette Lapeyre a construit son projet, suite à des collectages et ateliers ciblés sur l’adolescence. Son seule en scène alterne les points de vue qui s’expriment dans un kaléidoscope de techniques et de registres émotionnels.
Diplômé de la prestigieuse Ecole Jacques Lecoq, la comédienne orchestre une prestation où se combinent théâtre, art du clown, acrobaties, chorégraphie, manipulations de marionnettes et d'objets.
La prévenance agitée et bancale (comme la table) de la maman se heurte à l’inertie agacée du fiston. Équilibres précaires et contorsions du corps reflètent les maladresses d’adresse et les brumes intérieures.
Ingénieuse et échevelée, la proposition ne néglige pas les latences. Si la nature et souvent le théâtre ont horreur du vide, entre un lazzi et une suite de cabrioles, Juliette Lapeyre baisse de régime, étire la durée et instille des temps morts, où l’ennui se teinte d’une sombre mélancolie, jusqu’à d’irrémédiables tentations.
A la fois cocasse et iconoclaste, Treize n’élude ni les désarrois ni les brèches noires, abordés dans une délicate vigilance. Pendant que les champs brûlent, une mère et son fils s’efforcent de cohabiter, sans oublier de s’aimer. Chacun cherche sa place, tel pourrait être le sous-titre de cette surprenante et prenante chronique gesticulée.
Treize : 19H40, Théâtre Isle 80, les jours impairs, du 5 au 25 juillet. Relâche le mardi.
En alternance avec : A Love Suprême, seconde création de la Cie Amarante. Relâche le 14 juillet.
Réservations : https://www.isle80.com/
Photographies : Anna Saule.