Après Réparer les vivants (2015) puis Un jour je reviendrai (2021), Sylvain Maurice et Vincent Dissez collaborent à nouveau. Cette fois le metteur en scène et l'acteur se penchent sur La Préparation du roman édifiée par Roland Barthes (1915-1980).
Le déroulé d’une greffe d’organe détaillé par Maylis de Kérangal, la sortie d’un coma chroniquée par Jean Luc Lagarce (1957-1995), Le Projet Barthes évolue à son tour à la lisière de la vie et la mort.
La proposition s’ouvre sur la notion de mitan de l’existence, considérée non comme une équidistance mais comme un tournant. Ainsi, en 1973, à l’annonce de son cancer, Jacques Brel boucla sa carrière d’artiste et prit la mer. Pour Barthes, le chanteur connut le milieu de sa vie cinq ans avant sa disparition.
L’exemple constitue le point de départ d’une communication magistrale, sur le modèle des cours que le sémiologue assura, durant les hivers 1979-1980, chaque samedi matin, au Collège de France.
Compilé dans un corpus de 700 pages La Préparation du roman se condense dans une intervention de 70 minutes. Celle-ci s’effectue au sein d’un carré-page blanche, où se répartissent une chaise, une table, un verre, une carafe d’eau, quelques menus objets et un locuteur au seuil de sa Vita Nova.
Affecté par le deuil de sa mère, Roland Barthes livre le compte-rendu d’une marinade, en référence aux moments suspendus que Gustave Flaubert (1821-1880) s’accordait lorsqu’il peinait à trouver le mot juste ou la phrase équilibrée.
Vincent Dissez donne corps à cette incubation à haute voix, à ce vagabondage mental qui côtoie Jean-Jacques Rousseau, croise Franz Kafka, s’attarde sur Marcel Proust qui marina un bonne partie de sa vie avant d’accoucher de sa cathédrale littéraire.
Tout en sobriété cristalline, l’interprète devient l’éclaireur d’une escapade au sein d’un esprit scintillant, parmi les passerelles et raccourcis d’une pensée en liberté.
Outre le plaisir de jeu et la jubilation théâtrale, Le Projet Barthes distille un état de joie provoqué par les savantes circonvolutions d’une intelligence au faîte de son arborescence.
Le Projet Barthes : 11H05, Théâtre du Train Bleu.
Photographies : Christophe Raynaud de Lage