Un maître d’école subtilise une pomme dans le cartable de Lamia (Baneem Ahmad Nayyef). Aujourd’hui ne sera pas son jour. Peu après, l’élève est désignée pour acquérir les ingrédients et cuisiner la pâtisserie, destinée à l’enseignant, à l’occasion de l’anniversaire du président de la république.
Co-financé par l’Iraqi Film Fund, Le Gâteau du président nous transporte en Irak dans les années 90. Depuis 1979, le pays vit sous la gouvernance sans partage de Saddam Hussein Al Majid (1937-2006), figure tutélaire du parti baassiste. L’embargo international, consécutif à la première guerre du Golfe (1990-1991), plonge la population dans la disette. Mais qu’importe, Lamia doit concocter son gâteau.
Flanquée de Hindi, son coq mascotte, rejointe par Saeed, potache chapardeur (Sajad Mohamad Qasem), la fillette se lance dans sa quête alimentaire.
Tout est en place pour un conte picaresque façon Où est la maison de mon ami (1987), par lequel Abbas Kiarostami (1940-2016) reçut une reconnaissance internationale. Mais à l’épure néo-réaliste propre au maître iranien, se substitue un récit gorgé de couleurs et de senteurs.
La geste démarre dans un village lacustre, au cœur des plaines pluviales de la Mésopotamie. Elle se prolonge à travers le bazar bigarré de Bagdad, fixé dans un cinémascope souple et rutilant par Tudor Vladimir Panduru, chef opérateur du roumain Christian Mungiu (Baccalauréat 2016, R.M.N. 2023…).
Par delà la belle image, Hasan Hadi scénariste cultive l’esprit des Mille et une nuits. Son récit enchevêtre le chalandage des deux enfants et la traque inquiète de Bibi, la grand-mère de Lamia (Waheed Thabet Nayyef).
Journaliste dans son Irak natal, puis professeur de cinéma à la New York University, le réalisateur s’attache à la fluidité des péripéties, sous la houlette du co-producteur Chris Columbus, maître d’œuvre de Maman j’ai raté l’avion (1990) et des deux premiers épisodes de la saga Harry Potter (2001-2002).
Placé sous le signe de l’efficacité hollywoodienne, Le Gâteau du président n’est en rien réservé aux jeunes spectateurs. L’acquisition de chaque ingrédient donne lieu à un âpre marchandage, à une édifiante mésaventure. De la boutique de l’épicier harceleur, jusqu’à l’échoppe du vendeur de poules à l'abjecte bienveillance, cette drôle de journée participe d’une peinture atterrante d’une communauté aussi chatoyante que délétère, dévoyée par la corruption et la chape des dominations.
Situé sous l’emprise de la dictature baassiste, officiellement dissoute après la pendaison de Saddam Hussein (2006), l’état des lieux s’assimile à un témoignage historique. Mais, alliées à la contemporanéité de la direction artistique (décors, costumes..), les conditions et turpitudes décrites laissent douter que certains usages soient désormais révolus.
Couronné lors du dernier Festival de Cannes, par la Caméra d’or (Palme d’or du premier film) et le prix du public de la Quinzaine des cinéastes, Le Gâteau du président augure la renaissance de la cinématographie irakienne. En l’occurrence et par-delà sa facture soigneusement pensée, le réveil est transporté par l’harmonie vivifiante de la distribution.
Ainsi, bien après la projection, Lamia-Banem, son regard porté par la détermination, voilé par le désarroi imprègnent les mémoires,. Cependant, Le Gâteau du président n’est vraiment pas un film pour les enfants.
Photographies : C. Center / Tandem Distribution.