Entre personnes bien élevées

Actualité du 13/09/2026

 

Visionner Jusqu’à la garde (Xavier Legrand 2017), Incroyable mais vrai (Quentin Dupieux 2022), L’Été dernier (Catherine Breillat ), Le Tableau Volé (Pascal Bonitzer 2024), Dossier 137 (Dominik Moll 2025).., s’apparente à plonger dans une intrigue dont une protagoniste est interprétée par Léa Drucker.

Avec La Vie d’une femme, pour la première fois, l’on suit Léa Drucker dans le quotidien d’une éminente praticienne. La prééminence de l’interprète sur le personnage est accentuée par la narration morcelée en chapitre. Via ce parti pris, le film aligne des moments dans la vie d’une chirurgienne d'experience : avec son équipe, ses patients, son époux compréhensif, son ex et toujours collègue, sa mère en perte d’autonomie, une romancière en stage d’observation.. . Au volant, au téléphone, au bistouri, en (brèves) vacances, en conférence, à table, au lit.., Gabrielle reste au centre et Léa aligne les scènes d’école comme une masterclass.

Qui trop embrasse : la surcharge des hôpitaux, la prééminence du professionnel sur la sphère privée, les familles recomposées, les prémices de la vieillesse, les ravages du grand âge, les réminiscences familiales, les devoirs filiaux, l’épiphanie passionnelle.., Charline Bourgeois-Taquet emplie les sujets au fil d’un scénario aux allures de catalogue.

Actrice attachée aux actrices, confer Anaïs Demoustier et Valéria Bruni Tedeschi dans Les Amours d’Anaïs, surprenant premier film (2021), doublé d’une pétillante comédie, la réalisatrice, cette fois, verse dans le sérieux. La rupture est louable mais, sans doute eut-il été préférable de se focaliser sur les relations de Gabrielle avec Arlette, sa mère en perdition (Marie-Christine Barrault) et Frida, la romancière troublante (Mélanie Thierry, interprète d’exception réduite ici au rang de silhouette de complément).

La fuite en avant, le thème travaille Charline Bourgeois Taquet. Les analogies ne manquent pas entre Anaïs, trentenaire hyperactive qui, son charme en guise de bouclier, commence tout mais ne finit rien ; et Gabrielle quinquagénaire pétrie de sagesse, qui érige son métier comme un refuge, un rempart, voire une bouée lorsque vacille sa maîtrise de l'entourage et des évènements.

A la dissection entomologique façon Ingmar Bergman (1918-2007) ou Michaël Haneke, à Scènes de la vie conjugale (1973) ou Amour (2012), La Vie d’une femme préfère un polyphonie papillonnante.

Calé dans une durée réglementaire (1H38), le film effleure sans creuser et livre le portrait kaléidoscopique d’une humanité CSP+, cénacle de personnes éduquées qui cloisonnent, qui contrôlent, qui s’expriment calmement, s’emportent rarement (mais toujours posément). Un monde où l’on serre les dents et l'on se quitte calmement. Toujours entre personnes bien élevées.

La chronique sur Les Amours d'Anaïs est par ici : https://www.michel-flandrin.fr/cinema/adorable-menteuse.htm

Photographies : Les Films Pelléas, Pyramide distribution.

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