La lande le silence la romance

Actualité du 22/03/2022

Plus de 60 films en trente années de carrière, l’acteur Bouli Lanners ne chôme pas. 5 films entre 2004 et 2020, Bouli Lanners-réalisateur se montre plus parcimonieux. Eldorado (2008), Les géants (2011), Les premiers, les derniers (2016), animent une humanité masculine et taiseuse, en rupture de famille, souvent à la limite extrême de la société. Tanké entre les loch et les tourbières des îles Lewis, au Nord Ouest de l’Écosse, L’ombre d’un mensonge rompt avec les partis pris erratiques des opus précédents.

Phil (Bouli Lanners) vit seul avec son chien et ses vynils. Dans la journée il donne la main au voisinage, fixe une clôture, rameute les moutons. Certains soirs il écluse quelques pintes au pub du coin. Au matin d’une de ces virées, le corps de Phil est découvert inerte sur la plage. On le retrouve dans une chambre d’hôpital. Phil a été victime d’un AVC. Les facultés motrices sont intactes mais la mémoire s’est éparpillée. C’est donc dans une totale hébétude que Millie (Michelle Fairley), le ramène à la maison.

Fille et sœur de ses principaux employeurs, cette femme solitaire et éduquée accompagne Phil dans la reconstitution de son puzzle mémoriel L’architecture qui émerge, lui octroie une une place décisive et néanmoins énigmatique. La chronique rurale oblique alors vers le récit à suspense, dans lequel il ne s’agit pas de décrypter une machination criminelle mais de reconstituer des liens et des sentiments. Au sein d’une communauté presbytérienne à l’austérité inexorable mais quelque part protectrice, une idylle renaît. A moins qu’elle ne voie le jour.

On connaissait Bouli Lanners, filmeur paysagiste, attentif aux nuances chromatiques et aux lignes de fuite. L’ombre d’un mensonge révèle un conteur qui jauge les ellipses, les ruptures de ton, les temps forts, les contemplations; qui nourrit un mystère à travers un regard furtif, une bribe de phrases, un geste ébauché. L’habileté narrative culmine au machiavélisme mais au service du bon et de l’émotion.

En rupture avec ses histoires d’hommes, Bouli Lanners compose, à travers Millie- Michelle Fairley, le portrait d’une femme interdite, impeccable dans son désarroi. L’ombre d’un mensonge s'aligne à son image: tirée à quatre épingle, sans aspérité visible, d’une parfaite maîtrise mais néanmoins frémissante jusqu'au bouleversant. Comme quoi les (plus) belles histoires se jouent des âges et respirent le secret.

Interview de Bouli Lanners lors de l’avant première avignonnaise de L’ombre d’un mensonge.

L’ombre d’un mensonge, sur les écrans à partir du 23 mars.

Retour à la liste des articles