Quand ça va pas, ça va pas. Coline (Blanche Gardin) rejoint son Jura natal, dans des dispositions mentales et une santé physique au quatrième dessous. Sur place, elle renoue avec Basile, son frère aîné (Philippe Katherine) qui vivote entre le chalet familial et son bar restaurant.
Neuvième titre de son auteur, L’Incroyable Femme des neiges est bien un film de Sébastien Betbeder. A savoir une bande peuplée de personnages en transit, voire en perdition ; parsemée de retrouvailles plus ou moins heureuses, quelque part dans un arrière-pays en déshérence, ici une station de sports d’hiver où, par l'action du chamboulement des températures, les skieurs pataugent désormais dans un sol boueux.
Par la suite et la plupart du temps, les cocasseries alternent avec les psychodrames, au cours de tranches de vie autocentrées qui épuisent l’intérêt. L’Incroyable Femme des neiges est bien un film de Sébastien Betbder, mais cette fois, augmenté d’un liant qui retient l’attention et assure l’émotion.
Exploratrice bipolaire (sic), Coline figure le trait d'union entre un télésiège jurassien et le Qivitoq, du nom du Yéti qui hante le Groenland. Son désastre intérieur amorce une quête de rédemption, parsemée de malaises et d’alacrités. La démarche est propulsée par l’intensité dramatique de Blanche Gardin qui consolide et enrichit sa verve fantaisiste. A ses côtés, les frangins de Coline (Katherine et Lolo-Sébastien Bouillon) s’ébrouent dans une tendre et tonique harmonie.
Dans le Grand-Nord, à Upernavik, Ole et Martika suivent à la télé, l’équipée de Dustin Hoffman en territoire Cheyennes (Little Big Man, Arthur Penn 1970). Les frères Inuits accueillent les nouveaux migrants et accompagnent Coline jusqu’aux portes du Paradis Blanc.
Péril écologique, désordres intérieurs, faillites de liens communs, échappée métaphysique.., L’Incroyable Femme des neiges embrasse large et frôle les précipices. Mais son timonier maintient le cap dans une sensibilité fantasque, qui se dissout dans une lumineuse et bouleversante poésie.
Décidément, à la suite de Un ours dans le Jura (Frank Dubosc 2024), cette région montagneuse génère d’étonnants morceaux de cinéma.
Photographies: KMBO Distribution.