Respirez à fond

Actualité du 25/01/2026

 

Prisées sur les grands et petits écrans, les comédies romantiques obéissent à des schémas narratifs qui peinent d’autant plus à se renouveler, que les dénouements (à la fin les tourtereaux consomment ou convolent) demeurent, pour les auditoires, des injonctions peu négociables.

Par sa mise en abîme du désir passionnel à l’aune des déterminismes sociaux, Simple comme Sylvain (Monia Chokri 2023), pose un regard dialectique sur le corollaire d’un coup de foudre et du désir passionnel. Made lui aussi in Quebec, Amour apocalypse livre à son tour une approche singulière de la rencontre amoureuse.

Célibataire congénital, Adam (Patrick Hivon) se partage entre ses chiens, ses potes et son paternel qui confond attention et intrusion. Son désarroi affectif se cristallise sur une éco-anxiété, elle même attisée par un été caniculaire.

Le film s’ouvre sur la livraison lapidaire d’un colis à la porte du chenil. Afin de contrarier sa tristesse endémique, Adam s’est enquis d’un appareillage de luminothérapie. Suite à une erreur de manipulation, l’utilisateur contacte l’assistance téléphonique. Il tombe alors sous le charme du timbre de son interlocutrice. Son attention souriante conduira Adam jusqu’à la plate-forme d’appel, afin de mettre un visage sur la voix de Tina (Piper Parabo).

Certains cinéastes québécois cultivent, semble-t-il, une excentricité en trompe l'œil. A ce titre, le film de Anne Emond entretient quelques similitudes avec On dirait la Planète Mars (Stéphane Lafleur 2023), dans lequel une poignée d'anonymes se retrouvent enrôlés (et chamboulés) dans une longue simulation spatiale.

Plus terre à terre, Amour apocalypse s'attache à la chronique d’une dépression. Anne Emond dissèque l’ADN de la névrose, conséquence de passifs intimes, d’ankyloses affectives, augmentés de dérèglements environnementaux. Englué dans ses ressassements égo-centriques, lui ne voit rien au-delà de son mal-être. A commencer par les déchirements et les contorsions d’une amoureuse qui tente de redonner un avenir viable à une existence et un cocon bien cabossés.

Le récit avance par ruptures de tons. Aux intonations joyeuses de l’opératrice, s’opposent les impératifs gutturaux du coach de bien-vivre. De doux moments de surprise, des soupirs de complicité alternent avec des instants de gêne et de tension. Peu avant l’apocalypse promise par le titre, se glisse une scène d’amour toute en hésitation et délicatesse bien comprise.

 C’est souvent insolite et cocasse ; parfois déconcertant voire angoissant. La fin se clôt par un à suivre, à distance d'un éco-système peuplé d’êtres dépassés qui s'efforcent de survivre comme des gens bien. C’est une drôle d'histoire. C'est une romance d’aujourd’hui.

Photographies : L'Atelier Distribution

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