A la toute fin de son film et sans divulgâcher outre mesure, Huo Meng salue la communauté paysanne au sein de laquelle il passa une partie de sa jeunesse. Il apparaît plus que probable qu’à l’écran, le jeune Xu Chuang (Wang Shang) personnalise l’alter égo de l’auteur du Temps des moissons.
Étendue sur quatre saisons, la fresque s’ouvre en 1991. Deux ans auparavant, Den Xiaoping réprima violemment les manifestations étudiantes sur la place Tiananmen. Le secrétaire général du parti communiste chinois poursuit, à marche forcée, la modernisation d’un système économique et d’une organisation sociale, jusqu’alors fondés sur la prééminence du monde rural.
Dorénavant, dans les campagnes, l’abandon du collectivisme contraint les familles à gérer leurs parcelles de terre de manière autonome. La paupérisme s’insinue. Au terme des séquences d’exposition, Xu Chuang est confié à sa grand-mère par ses parents, en partance vers la ville pour subvenir à leur besoins. Par la suite, Ho Meng puise dans ses souvenirs d’adolescence le carburant d’une pastorale frappée par l’âpreté, nimbée de délicatesse.
L’approche dialectique émerge dans l’attitude des villageois. Solidaires et ingénieux lorsqu’ils s’agit de contourner la politique de l’enfant unique, ces derniers se montrent impitoyables avec l’adolescent attardé (Zou Haoutian), considéré comme une tare dans toutes ses acceptions.
La préemption des héritiers mâles sur les successions et la pérennité des exploitations, sacrifie les filles, dont l’avenir et les aspirations se délitent sur l’autel de fêtes de mariages, à l’effervescence grégaire et chamarrée.
La même ambivalence imprègne des tableaux véristes, habités par des non-professionnels, issus pour certains d’une même famille ; et restitués dans une suite de plans-séquence panoramiques, qui, telle une tapisserie médiévale, se déroule dans une méticuleuse majesté.
Moissons à la faux et au fléau, l’apparition d’un tracteur provoque sa petite sensation. Un jour des ingénieurs déclenchent des explosions au cœur de parcelles, possibles champs pétrolifères. En attendant d’éventuels derricks et d’inévitables exodes, les défunts continuent d’être rendus à la terre, qui les a nourris et à laquelle chacun et chacune se sera ou aura été sacrifiés.
Couronné par l’Ours d’argent de la mise en scène lors de la Berlinale 2025, Le Temps des moissons reste inédit dans son pays d’origine. Sur place, de nombreux sites culturels déplorent que l’Occident acclame systématiquement des films qui dénigrent les réformes de la société chinoise.
Photographies : Floating Light (Foshan), Film and Culture-Co. Ldt