Vaste forêt dans grande chapelle

Actualité du 30/06/2022

Street art patrimonial (Ernest Pignon-Ernest 2019), fresques dantesques (Yan Pei-Ming 2021), la Grande Chapelle du Palais des papes est le théâtre, cette année encore, d’une exposition pensée à ses mesures.

La forêt amazonienne se partage entre 9 pays d’Amérique du Sud, dont 60 % en terre brésilienne. Vaste comme 10 fois la France, le territoire abrite moins de 400 000 habitants qui pratiquent 15 dialectes différents.

Créer un environnement où le visiteur se sente au cœur d’une forêt.

Cette intention anime l’accrochage imaginé par Lélia Wanick Salgado, scénographe-commissaire de l’exposition Amazonia et épouse du photographe Sebastiào Salgado.

Pour l’occasion la plupart des fenêtres de la Grande Chapelle sont obstruées et, sur la totalité de la superficie, des portiques lumineux occultent les voûtes, atrophient le volume et accentuent la vocation immersive du dispositif.

Agrégeant 7 années d’expéditions, Amazonia se divise en trois espaces. La Grande Chapelle rassemble 200 clichés réalisés auprès de 12 communautés indigènes et 3 Ocas. A l’intérieur de ces habitations autochtones, 7 films réalisés pour l’occasion, compilent des récits délivrés par des membres des diverses populations.

Je suis né dans un pays musical. Les indigènes chantent beaucoup, jour et nuit, sauf au moment de la chasse. Amazonia s’assimile à un voyage en forêt. On y entre par les airs ou en bateau. On suit le fleuve. La forêt devient touffue jusqu’à l’espace où l’on rencontre les tribus.

En lien avec les mots de Sebastiào Salgado, l’immersion dans la Grande Chapelle, s’enveloppe dans une partition signée Jean-Michel Jarre qui, à Avignon est quelque peu desservie par l’acoustique minérale du monument. Le musicien mêle des boucles orchestrales ou synthétiques, inspirées des timbres de la nature. S’y ajoutent des sons de l’environnement et des éléments choisis dans les archives sonores du Musée Ethnographique de Genève.

La sacristie Sud accueille la projection de 110 photos paysagistes au rythme de Érosion, Origine du fleuve Amazone, poème symphonique composé par Hector Villa-Lobos (1887-1959)

Nombre équivalent de vues pour Portraits d’indigènes. Sis dans la Chambre Neuve du Camérier, le diaporama se déroule sur la partition composée pour l’occasion par Rodolfo Stroeter.

Au fil du labyrinthe, il y a énormément à voir et beaucoup à lire, le long de panneaux où se compilent données géographiques, géologiques et ethnographiques. A l’émotion esthétique s’ajoute une alarme documentée sur un territoire somptueux, âpre, fragile et indispensable.

A la suite de Philharmonie de Paris, Amazonia s'adapte à un monument emblématique d’une spiritualité glorieuse, Lelia et Sebastiào Salgado nous transportent entre ciel et terre, à l'intérieur d'un poumon luxuriant mais abîmé. Le pari s’avère judicieux au moment tant de questions absorbent l’avenir.

Interview de Leila Salgado, commissaire de l’exposition.

Exposition Amazonia : du 27 juin au 30 novembre Palais des papes Avignon.

Tarifs : exposition seule  8 euros

exposition et visite du Palais 12 euros.

L’accrochage s’accompagne d’un fastueux catalogue de plus de 500 pages, incluant un avant propos de Sebastiào Salgado (Taschen Editions).

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