Off 2026 / Florilège / 1

 

Tartuffe

Le Nouveau Théâtre Populaire remet Tartuffe sur l’ouvrage avignonnais. Plus que jamais Orgon, Elmire, Dorine et le faux dévot trônent droits dans leurs alexandrins.

Donc, un pseudo-calotin lie relation avec un notable en mal de repentance. Or, sous couvert de prières et chapelets, le bonhomme nourrit la ferme intention de séduire l'épouse de son hôte.

Dans Tartuffe il y a donc un bigot imposteur et un cocu en puissance. A ce titre, la proposition respire la comédie vaudevillesque et le drame religieux.

Face à cette sombre sarabande, l’on songe à une farce de tréteaux, revue et corrigée par Carl Theodor Dreyer (1889-1968), cinéaste très scandinave et absolument protestant, par ailleurs formaliste de haut vol.

En ces temps de régressions puritaines, au moment où certains espaces médiatiques accordent table ouverte aux prédicateurs ignares et autre agité du bocage, les filles et les gars du Bois d’Anjou en appellent à Molière afin d’un exorcisme aussi salutaire que réjouissant.

Tartuffe : 10H, Scala Provence, du 4 au 25 juillet. Relâche le lundi.

Réservations : https://lascala-provence.fr/

La chronique intégrale par ici :  https://www.michel-flandrin.fr/festival-d-avignon-2026/festival-d-avignon-2026-off/cachez-ce-sein.htm

Photographies : Vahid Amanpour.

 

 

Les Enfants dans la vallée

Ça se passe dans une commune au bord d'une rivière. Un jour, le cour d'eau sort de son lit et engloutit les riverains. Tout commence après le désastre.  Une pierre dans la gorge, Camille ne parle plus.  Le soir, la gamine s'empare des manettes d'une pelleteuse, à la recherche de son Larry, emporté par le monstre de boue.

Les Enfants de la vallée puise ses origines dans les inondations qui en 2021, dévastèrent le bassin de la Vesdre et l'Ourthe, deux affluents de la Meuse. Le texte s'est construit à partir de témoignages recueillis, principalement auprès des enfants voisins de la catastrophe.

Au plateau les regards et les voix sont endossés par un quatuor d'interprètes adultes (car les petits sont toujours à l'école)

A travers la colère de Camille se dessine un chemin de résilience qui passe par la connaissance. Camille ne dit rien mais Camile veut savoir.  Les échappées imaginaires retravaillent la réalité des faits. La requalification des débris, déchets et accessoires de survie, colorent la froide logique des explications. 

Les Enfants de la vallée aborde le péril écologique dans une approche qui, étrangère aux pesanteurs didactiques, concocte un précipité accompli d'échappées oniriques et de constats documentaires. 

Les Enfants dans la vallée : 10H30, Théâtre des Doms. Jusqu'au 25 juillet. Relâche le mercredi.

Réservations : https://lesdoms.eu/

Photographie : Dominique Houcman.

 

 

Cold Cuts

Une cuisine en fin de journée. Molly redoute l'arrivée de Ian. Une table, deux chaises, un pack de jambon dans un réfrigérateur.. ,s'amorce un rituel que l'on devine inéluctable.

Cold Cuts se nourrit des souvenirs d'enfance de Linda McLean. 

Amandine du Rivau et Régis Lux étayent (avec l'accord de l'auteur) et portent à la scène ces tranches froides, portions d'un quotidien, écrasé par les silences.

Peur endémique, violence infrangible. Dans la meilleure tradition des auteurs anglo-saxons, l'écrivaine écossaise établit un contexte et développe un récit laconique qui, selon les règles du suspense, étire le temps et décuple la tension. 

Régis Lux prend en charge les caractères masculins (l'époux, le fils, les consultants) qui gravitent autour de Molly.  En peu de mots, en gestes, regards et attitudes les déterminismes sociaux (solitude domestiques, frustrations professionnelles) se combinent aux reproductions ataviques, dans la dissection d'un processus de honte et de domination.

Par son dépouillement efficace et la tenue de sa distribution, Cold Cuts happe, pétrifie et rappelle qu'une victoire dure toute une vie mais qu'une évasion reste sans cesse à considérer.

Cold Cuts : 10H45, Le 11 Théâtre. Jusqu'au 23 juillet. Relâche le vendredi.

Réservations : https://www.11avignon.com/fr/programmation

Photographies : Erik Damiano.

 

 

Contraction

Comment allez vous ?

Cette question ouvre à plusieurs reprises les échanges entre Emma et la Manager. 

Les chiffres sont plutôt bons. Cependant, il est rappelé à la subordonnée que, par contrat, les rapprochements intimes sont proscrits au sein de L’Entreprise. Or, il semblerait que Emma soit intéressée par Daren, l’un de ses collègues.

Contraction est, à l’origine, une pièce radiophonique écrite en 2008 par le britannique Mike Bartlett. En quatorze entrevues, se met en place un processus inquisitoire au cours duquel le facteur intime devient l’une des virgules d’ajustement de l’efficacité professionnelle.

Contraction devient synonyme de crispation, resserrement, restriction, écrasement.. . Chacun de ces termes traduit l’évolution des dialogues qui se succèdent au tour d’une table à géométrie variable, à l'image d'un texte qui pique dans le récit à suspense, la comédie de l’absurde, la fable horrifique.. .

Se soumettre ou se démettre ? Face aux injonctions de la Manager, Emma livre des réponses qui traduisent l’effarement, l’ingénuité mais aussi l’expression d’une certaine personnalité.

Impassible, abrupte pour l’une ; gracieuse, désemparée pour l’autre, Mélanie Bouexière et Eleara Le Floch composent un élégant duo en noir et blanc, au service d’une pièce visionnaire sur le harcèlement au travail et la sophistication infinie de l’horreur économique.

Contractions : 11H30, Théâtre Au coin de la lune. jusqu'au 25 juillet. Relâche le mercredi.

Réservations : https://www.luna-theatres.fr/

Photographies : Les Flâneuses.

 

Vivarium

A l'ouverture une silhouette se distingue d'un rai de lumière. L'avatar entreprend la traversée de canopées asséchées par les vents, de territoires consumés par les rayons caniculaires.

Le corps de Bérangère Fournier devient le catalyseur et la page blanche d'une odyssée, transfigurée par l'adversité des éléments. 

Aux côtés du chorégraphe Samuel Faccioli, la danseuse anime une fable picaresque, qui met en rime écologie et technologie.  La danse se fond et se trnaforme fond une suite de tableaux où la sève, la chair et l'organique se délitent ou, parfois, se ravivent selon le cycle des dérèglements.  

Dans Vivarium, les questionnements et spéculations écologiques se subliment dans un environnement d'une haute sophistication visuelle.

Voilà une façon inhabituelle et saisissante de sensibiliser à l'imminence de la catastrophe.

Vivarium : 11H30, LaScierie. Jusqu'au 19 juillet. Relâche le mercredi. 

Réservations :https://www.lascierie.coop/

Photographies : Christophe Raynaud de Lage.

 

 

 

Le Silence de Claire Lagrange

Sur scène, une femme est à son bureau, Elle nous tourne le dos. Puis elle s’anime et entame une histoire qui prend corps, via des personnages Playmobil actionnés, dans un petit théâtre marionnettique, par une sosie de la narratrice. Les manipulations sont redimensionnées via un écran qui surplombe le plateau.

Une grande forêt, une institution, l’isolement, la promiscuité.. .

Le dispositif empile des regards extérieurs : les pensionnaires, la directrice, la manipulatrice,  les spectateurs.., qui convergent vers une femme qui peint mais qui parle pas. 

Derrière Le Silence de Claire Lagrange, se terrent des thèmes qui innervent et parfois saturent l’air du temps. Mais Céline Delbecq et ses complices marionnettistes, scénographe, créateur sonore et vidéo, construisent un dispositif qui transporte le propos dans un espace inédit et subjuguant, un univers bizarre et mystérieux, qui emprunte au conte, au thriller et au vertige fantasmatique.

La dame a des choses à dire, voire à expulser. Elle aime raconter des histoires tortueuses, viscérales, complexes ; mais sans jamais ennuyer. Céline Delbecq aime passionner avec le compliqué. L’auteure-interprète le prouve tout au long d’une fable qui propulse ailleurs et qui cause d’aujourd’hui.

Le Silence de Claire Lagrange : 12H30, Théâtre des Doms. du 4 au 25 juillet. Relâche le mercredi.

Réservations :  https://lesdoms.eu/

Photographies : Alice Piemme.

 

 

Zadig

Quoi de neuf ? Voltaire !

Fort de cette constatation, Gérard Gélas porte à la scène un conte philosophique signé par l'un des grand esprits du Siècle des Lumières. 

Des fastes de Babylone aux doux regard d'Astarté, en passant par le joug des négriers, le jeune Zadig éprouve l'inépuisable palette des félonies humaines. Surnagent, toutefois, quelques élans d'écoute et d'amitié qui justifient la poursuite de l'odyssée.

Au centre d'un tapis échappé des Mille et une nuit, se déroule un fresque picaresque, emmenée par quatre interprètes dont l'ébouriffante Heidi Johansson.

La mise en scène travaille la ligne claire, le détachement ironique et l'humanisme fataliste propres à la touche voltairienne, 

En ces sombres temps, submergés l'obscénité et l'obscurantisme, ce Zadig  dessine une embellie, toute en panache et distinction.

Quoi de neuf ? Voltaire ! Toujours !

Zadig : 14H50, Théâtre du Chêne Noir. Jusqu'au 25 juillet. Relâche le lundi.

Réservations : https://www.chenenoir.fr/

Photographie : Philippe Hanula

 

La Fileuse de nuit

A l'origine et au jeu de La Fileuse de nuit,  Elsa Rozenkop apprécie les patchworks où se juxtaposent les registres. Elle affectionne encore les assemblages qui croisent niveaux de lecture et ruptures de ton.

Donc, on serait dans un conte, un tâtonnement erratique, qui s’amorce au fond d’une grotte. Une spéléologue mal appareillée tente de frayer dans l’obscurité. Plus avant, se devinent des portes qui ouvrent souvent sur des placards à silence

Comme dans toute fable, l’héroïne croise des ogres, certains avec une longue barbe bleuâtre, d’autres perclus de croix gammées. Elle côtoie encore des monstres d’autant plus terribles qu’ils respirent l'ordinaire. 

Comme dans toute fantasmagorie, il y a du mystère, de l’inquiétude jusqu’au seuil de la frayeur. Une lampe de bureau, un rideau de scène, un téléphone à cadran, un écheveau écarlate, et quelques filtres sonores.., alimentent une anxiété d’une élégante et ingénieuse efficacité.

Elsa Rozenkop aime jouer et raconter de curieuses histoires qui tricotent avec la grande Histoire. Sa Fileuse de nuit couture la fantaisie et la douleur, tresse la délicatesse et l’abjection.

En points universels, Elsa Rozenkop et son équipe reprisent le théâtre en une tapisserie artisanale 100% en majesté.

La Fileuse de nuit : 15h50, Artéphile Théâtre. Du 4 au 25 juillet. Relâche le dimanche.

Réservations  : https://www.artephile.com/

La chronique complète est par ià :  https://www.michel-flandrin.fr/festival-d-avignon-2026/festival-d-avignon-2026-off/les-secrets-du-ravaudage.htm

Photographies : Rozen'Barbe Production.

 

L'Oiseau vert

Un oiseau qui parle, des pommes qui chantent, de l'eau qui danse ! Il n'y a pas à dire de grands évènements se préparent.

Assurément, L’Oiseau vert n’est pas avare de péripéties.

Signé en 1765 par Carlo Gozzi, la pièce aligne un souverain va-t-en-guerre, son épouse séquestrée et ses héritiers éliminés par une reine mère, digne émule de la marâtre de Blanche- Neige. Par bonheur, les manigances mortifères sont contrariées par un couple de charcutier et un volatile enchanté.

Epaulée par Catherine Monin, comédienne et écrivaine, Agnès Régolo adapte ce fabliau qui brasse le sordide, la farce et le merveilleux. A la fantaisie se greffe un récit initiatique où s'entrecroisent la vanité des couronnés, la bonté(relative) des humbles et le discernement des feux follets. 

La science du rythme et de la comédie (la Régolo Touch) assure le liant de la sarabande servie par huit interprètes (autant d’humains sur un plateau, voilà qui est de plus en plus rare), une troupe rompue aux lazzis et à la féerie.

En ces périodes où l’ivresse des puissants et la hargne des réseaux chavirent les esprits, la compagnie Du jour au lendemain proclame la vigueur de l’imaginaire, la gaieté de la satire et l’art de la nuance. Son Oiseau vert suscite le rire, provoque le rêve et titille la réflexion. Peut-on imaginer plus agréable invitation ?

L'Oiseau vert : 16H50, Théâtre du Petit Chien. Du 4 au 25 juillet. Relâche le mardi.

Pour réserver c'est par ici :  https://www.chienquifume.com/

Photographies : Fred Saurel

 

 

Zaï, Zaï

Domicilié à Liège, le Collectif Mensuel, revient à Avignon avec un objet hybride, qui pique à la bande dessinée et ressuscite le roman photo.

Comme le stipule son titre, Zaï Zaï s’inspire de l’histoire dessinée par Fabcaro, dans laquelle un auteur de BD découvre, à la caisse d’un supermarché, qu’il a oublié sa carte de fidélité.

L’étourderie constitue le point de départ d’une cavale extravagante.

Les Mensuel mettent en voix, en son et en musique, non pas les dessins originaux mais une suite de photographies mobilisant une centaine de figurants.

La stylisation du graphisme cède la place à un piqué vériste et criard, proche des montages bêtes et méchants du professeur Choron, et de la subversion campagnarde made in Groland.

Zaï Zaï version 2026 exacerbe la sauvagerie grégaire, la démocratie d’opinion et la révolution conservatrice, propres à l’ère post-covid.

D’un petit rectangle en plastique à l’Armageddon planétaire, en passant par un poireau contondant, la carapate du fugitif s'assimile à une chasse à l’homme farfelue et cruelle qui épate, amuse et provoque, au fil de ses péripéties, une inquiétante chair de poule.

Zaï Zaï : 17H30, LaScierie. Jusqu’au 25 juillet. Relâche le mercredi.

Réservations :  https://www.lascierie.coop/

La chronique sans coupe  :  https://www.michel-flandrin.fr/festival-d-avignon-2026/festival-d-avignon-2026-off/sus-a-l-infidele.htm

 

 

 

Emballage

Je suis une marchandise qui parle.

Proférée ad libitum, la phrase accompagne l’installation des spectateurs. Sur le plateau il y a tout un barda, un mur de cartons barre l’horizon. De cette machine à jouer émerge un couple. Berthe et Alexandre ont faim. Un poissonnier aiguise leur appétit. Mais le poisson à un prix et les tourtereaux n’ont pas d’argent. Pour l’acheter, Alexandre décide de se vendre.

Le Capital en 75 minutes, le sous-titre pourrait accompagner cette fable irriguée par la pensée de Karl Marx (1818-1883). Emballage fut écrit et créé en 1970 par André Benedetto (1934-2009). En 2009, l’auteur actualisa sa partition sous le tire Emballage, 40 ans après c’est pire. Seize ans plus tard, Marie Hurault et ses camarades de La Parole Rouge, appréhendent le conte, au prisme du mouvement Mee-Too et des menaces sur l’écosystème.

Biberonné à Carlo Goldoni (1707-1793) et Dario Fo (1926-2016), rompu aux spectacles de tréteaux et au théâtre d’idées, le trio d'histrions emballe son monde dans des concepts où la force de travail se collette à l’hydre du capital.

Si dans la tragédie, (presque) tout part de la famille, que serait la pensée politique sans la lutte des classes ? La question plane à la sortie de Emballage, proposition alertement reconditionnée.

Emballage :  18H, Théâtre de la Rotonde, du 4 au 18 juillet. Relâche le mardi.

Réservations :  04 90 27 84 51.

La chronique complète c'est par ici : https://www.michel-flandrin.fr/festival-d-avignon-2026/festival-d-avignon-2026-off/le-capital-mode-d-emploi.htm

Photographie: Jérôme Rey.

 

 

Giono. la guerre, la marche du monde

Mobilisé durant une large partie de la première guerre mondiale, l'écrivain Jean Giono exprimera dans Le grand troupeau, Refus d’obéissance, Jean le Bleu, Lettres aux paysans sur la pauvreté et la paix.., son exécration des conflits guerriers.

Seul dans l'obscurité du plateau, un bonimenteur raconte sa guerre. La Bataille de Verdun, Le Chemin des dames.., il y était. La nature, la chair, les sens dominent à nouveau le récit. Mais l’ivresse dionysiaque cède la place à d’hallucinantes recensions.

Le fait militaire se réduit à un étal de viscères, de sang et d’excréments. Le culte de la bravoure, la glorification de l’héroïsme se disloquent dans une dissection minutieuse de la peur, l’épouvante, le dégout, l’incompréhension.

En contrepoint au compte rendu d'une insoutenable boucherie, se glissent des virgules : les articles cocardiers publiés dans une presse aux ordres et les impayables comiques troupiers dont les refrains reprennent en chœur le sympathique tac tac tac des mitrailleuses.

Si l’indignation est patente et la colère palpable, le diseur se garde de l’emphase et des trémolos. Paul Fructus se laisse simplement porté par la verve et la puissance des phrases de Giono, correspondant de guerre atterré et outragé.

Au moment où les bruits de bottes martèlent nos frontières, Giono. la guerre, la marche du monde, relève de la toute première nécessité.

Giono, le guerre, la marche du mondeBourse du travail CGT. 19H, les jours pairs du 4 au 22 juillet.

L'article complet de ce côté : https://www.michel-flandrin.fr/festival-d-avignon-2026/festival-d-avignon-2026-off/la-gloire-d-etre-vivant.htm

Réservations : 06 08 88 56 00

 

 

Le Clown comme un poème 

Alors que son Entreprise fête son quarantième anniversaire, François Cervantes monte au plateau. Une table, une chaise, quelques notes, une carafe d’eau.., c’est parti pour un récit-conférence.

L’intervenant ouvre son carnet de route qui navigue entre l’Orient-extrême ; Michel-Ange, Tom Waits, le rire sonore des bergers andalous, les doctes prescriptions d’un maître québecois.

Cervantes revient sur son entrée en théâtre : la recherche collective, les bienfaits de la camaraderie, le premier spectacle synonyme de succès.

Ne pas paresser sur ses lauriers. Explorer de nouvelles voies. D’où le recours aux masques, d’où l’apparition du clown, cet étranger qui vient de l'intérieur. Ainsi advint Catherine Germain alias Arletti . A l’image de François, pas vraiment une expansive qui, une fois sur scène, conjure enfin son endémique timidité.

Catherine dessine Arletti. Arletti efface Catherine.

Le Clown comme un poème tient d'une masterclass, avec son chapelet d’anecdotes et d’enseignements. La proposition relève encore d’une leçon gesticulée et d'un dialogue complice qui agrègent les paroles explicatives à de ravissantes démonstrations.

Ce rapport à deux voix souligne le cheminement d’une femme, d’un homme, d’un couple, unis à jamais dans la façon d’être en relation avec tout ce qui palpite et vibre sur cette planète, sur ce fleuve souterrain qui nous réunit et nous cheville dans la joie du monde

Le Clown comme un poème : 19H, Théâtre des Halles. Du 4 au 25 juillet. Relâche le mercredi.

Réservations : https://www.theatredeshalles.com/

Critique complète et interview :  https://www.michel-flandrin.fr/festival-d-avignon-2026/festival-d-avignon-2026-off/francois-catherine-toute-une-vie.htm

Photographies : Christophe Raynaud de Lage.

 

Treize

Avoir sa mère sur son dos, l’expression trouve son illustration littérale dans Treize. Duo pour une marionnette à taille variable et une manipulatrice au nez proéminent, la création dresse l’anatomie d’une famille monoparentale.

Carole élève Axel en solo. Elle potasse les manuels d’éducation façon Ruffo-Dolto. Lui survole ses livres de classe et trimballe un endémique bourdon.

Juliette Lapeyre a construit son projet, suite à des collectages et ateliers ciblés sur l’adolescence. Diplômé de la prestigieuse Ecole Jacques Lecoq, la comédienne orchestre une prestation où se combinent théâtre, art du clown, acrobaties, chorégraphie, manipulations de marionnettes et d'objets.

A la fois cocasse et iconoclaste, Treize n’élude ni les désarrois ni les brèches noires, abordés dans une délicate vigilance. Pendant que les champs brûlent, une mère et son fils s’efforcent de cohabiter, sans oublier de s’aimer. Chacun cherche sa place, tel pourrait être le sous-titre de cette surprenante et prenante chronique gesticulée.

Treize : 19H40, Théâtre Isle 80, les jours impairs, du 5 au 25 juillet. Relâche le mardi.

En alternance avec : A Love Suprême, seconde création de la Cie Amarante. Relâche le 14 juillet.  

Réservations :  https://www.isle80.com/

la chronique complète par ici : https://www.michel-flandrin.fr/festival-d-avignon-2026/festival-d-avignon-2026-off/un-gosse-sa-mere-une-table-une-fougere-et-niagara.htm

Photographies : Anna Saule.

 

Et vivre était sublime

Adepte des gageures, Sébastien Lanz s’attaque à Belle du Seigneur et aux Valeureux, les deux derniers volets de la tétralogie littéraire entreprise, entre 1930 et 1969 par Albert Cohen (1895-1981).

Quelque part dans une prison,  une gardienne récupère un pavé de papier dans lequel une détenue s'aventure jusqu'à s'en trouver bouleversée.

Sur ce prétexte, s’amorce un huis clos à tiroirs, précipité de solitudes, chacune illuminée par une inspiration prolixe et flamboyante. Au fond d'une geôle ou dans un temps d'autrefois, les passions s'épanouissent, les relations se désagrègent. La ferveur se fane dans la rancœur. La communion se délite dans les soupçons.  

Lyrique et cristalline, la langue d'Albert Cohen dévale telle une cascade, apprivoisée par Juliette Jouniaux, Justine Boulard, et Héléna Vautrin. 

Ode à la résistance, apologie de l'instinct de survie, par l'intensité de l'imaginaire et la force du langage, Et vivre était sublime  tient de l'éloge de la transmission, doublée d'une utopie théâtrale, emportée par un trio de stradivarius.  

Et vivre était sublime :  du 4 au 25 juillet, 20H30, Artéphile Théâtre. Relâche le dimanche. 

Réservations :  https://www.artephile.com/

Article intégral et interview juste après les deux points :  https://www.michel-flandrin.fr/festival-d-avignon-2026/festival-d-avignon-2026-off/belles-du-seigneur.htm 

Photographies : Matthieu Lionard.

 

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