Tartuffe
Le Nouveau Théâtre Populaire remet Tartuffe sur l’ouvrage avignonnais. Plus que jamais Orgon, Elmire, Dorine et le faux dévot trônent droits dans leurs alexandrins.
Donc, un pseudo-calotin lie relation avec un notable en mal de repentance. Or, sous couvert de prières et chapelets, le bonhomme nourrit la ferme intention de séduire l'épouse de son hôte.
Dans Tartuffe il y a donc un bigot imposteur et un cocu en puissance. A ce titre, la proposition respire la comédie vaudevillesque et le drame religieux.
Face à cette sombre sarabande, l’on songe à une farce de tréteaux, revue et corrigée par Carl Theodor Dreyer (1889-1968), cinéaste très scandinave et absolument protestant, par ailleurs formaliste de haut vol.
En ces temps de régressions puritaines, au moment où certains espaces médiatiques accordent table ouverte aux prédicateurs ignares et autre agité du bocage, les filles et les gars du Bois d’Anjou en appellent à Molière afin d’un exorcisme aussi salutaire que réjouissant.
Tartuffe : 10H, Scala Provence, du 4 au 25 juillet. Relâche le lundi.
La chronique intégrale par ici : https://www.michel-flandrin.fr/festival-d-avignon-2026/festival-d-avignon-2026-off/cachez-ce-sein.htm
Photographies : Vahid Amanpour.
Les Enfants dans la vallée
Ça se passe dans une commune au bord d'une rivière. Un jour, le cour d'eau sort de son lit et engloutit les riverains. Tout commence après le désastre. Une pierre dans la gorge, Camille ne parle plus. Le soir, la gamine s'empare des manettes d'une pelleteuse, à la recherche de son Larry, emporté par le monstre de boue.
Les Enfants de la vallée puise ses origines dans les inondations qui en 2021, dévastèrent le bassin de la Vesdre et l'Ourthe, deux affluents de la Meuse. Le texte s'est construit à partir de témoignages recueillis, principalement auprès des enfants voisins de la catastrophe.
Au plateau les regards et les voix sont endossés par un quatuor d'interprètes adultes (car les petits sont toujours à l'école)
A travers la colère de Camille se dessine un chemin de résilience qui passe par la connaissance. Camille ne dit rien mais Camile veut savoir. Les échappées imaginaires retravaillent la réalité des faits. La requalification des débris, déchets et accessoires de survie, colorent la froide logique des explications.
Les Enfants de la vallée aborde le péril écologique dans une approche qui, étrangère aux pesanteurs didactiques, concocte un précipité accompli d'échappées oniriques et de constats documentaires.
Les Enfants dans la vallée : 10H30, Théâtre des Doms. Jusqu'au 25 juillet. Relâche le mercredi.
Photographie : Dominique Houcman.
Cold Cuts
Une cuisine en fin de journée. Molly redoute l'arrivée de Ian. Une table, deux chaises, un pack de jambon dans un réfrigérateur.. ,s'amorce un rituel que l'on devine inéluctable.
Cold Cuts se nourrit des souvenirs d'enfance de Linda McLean.
Amandine du Rivau et Régis Lux étayent (avec l'accord de l'auteur) et portent à la scène ces tranches froides, portions d'un quotidien, écrasé par les silences.
Peur endémique, violence infrangible. Dans la meilleure tradition des auteurs anglo-saxons, l'écrivaine écossaise établit un contexte et développe un récit laconique qui, selon les règles du suspense, étire le temps et décuple la tension.
Régis Lux prend en charge les caractères masculins (l'époux, le fils, les consultants) qui gravitent autour de Molly. En peu de mots, en gestes, regards et attitudes les déterminismes sociaux (solitude domestiques, frustrations professionnelles) se combinent aux reproductions ataviques, dans la dissection d'un processus de honte et de domination.
Par son dépouillement efficace et la tenue de sa distribution, Cold Cuts happe, pétrifie et rappelle qu'une victoire dure toute une vie mais qu'une évasion reste sans cesse à considérer.
Cold Cuts : 10H45, Le 11 Théâtre. Jusqu'au 23 juillet. Relâche le vendredi.
Photographies : Erik Damiano.