Avignon Off 2021 florilège N°1

Actualité du 17/07/2021

 

BUFFLES, UNE FABLE URBAINE

Cinq acteurs-manipulateurs nous transportent dans une blanchisserie, tenue par une famille de buffles. Lorsqu’il s’agit d’aborder l’âpreté des relations, les instincts grégaires, la métaphore est pertinente. Et la mise en œuvre époustouflante par sa précision et son énergie. Si dans son dernier tiers temps, elle s’essouffle dans les discours, la fable de Pau Miro brûle par son actualité. Par leur facture et leur bestialité les Buffles fabriqués et animés par Arnica sont tétanisants et dans l'air du temps.

Jusqu’au 25 juillet, 9H45, 11 Théâtre, relâche le 19.

 

HOME

Un Home, un Ephad made in  Belgium. Trois résidents, deux femmes, un homme, trois jeunes interprètes. Silence, lumière de salle commune, aucun maquillage et pourtant nous y sommes. Reproduction millimétrée d’une attitude, recours au « playback » qui, au-delà des voix, restitue le son d’une maison spécialisée, la chorégraphie mimétique de Magrit Coulon véhicule une approche nouvelle du théâtre documentaire. De la confiture, une bavette, quelques miettes, un courant d’air.., l’illusion est magistrale et déterminante dans les multiples recoins de Home, stupéfiante méditation sur le temps, celui qui passe et celui du théâtre.

A voir en première priorité (article complet sur le site).

Du 5 au 27 juillet, 10H, relâche les 8,15 et 22, Théâtre des Doms.



 

SOIE

Alessandro Barrico affectionne les voyageurs singuliers. Dans la lignée de Novecento, son piano, son paquebot, Hervé Joncour, le héros de Soie, passera la seconde moitié du XIXème siècle entre l’Ardèche et le Japon, entre les sériciculteurs et les œufs de bombyx. Équipées, grands voyages, passions et obsessions. Il y a ceux qui partent. Il y a ceux qui restent. Des amours qui s'éclairent, d'autres qui s'étiolent... . Porté par ses interprètes au diapason, Soie déroule un récit ample et discret, poignant et mesuré. Un modèle d’élégie picaresque

(article et interview sur le le site).

Jusqu’au 30 juillet, 10H30. Relâche les 20 et 27, Théâtre du Petit Chien.

 

LA COLLECTION

Trois historiens-archivistes s'attachent à deux objets : le vélomoteur (bridé à 35km/heure) et le téléphone à cadran (qui ne mémorise pas les numéros entrants). L’étude prend la forme d’un exposé magistral qui associe coutumes d’époque et références cinématographiques (très hétéroclites). Cet exercice « péréquien » est mené par un émule de Droopy (Tex Avery), un sosie de Katherine Hepburn et une tornade sur pattes (absolument irrésistible). Ca ressemble, c’est sensible et c’est surtout très très drôle (article à venir).

Avec SCH, la sélection suisse en Avignon.

Jusqu’au 25 juillet, 11H55, 11 Théâtre, Relâche le 19.



 

C’EST BIZARRE L’ÉCRITURE

Deux dames conversent, chantonnent, s’amusent autour d’un écrivain ou d’une écrevisse ? Car Christiane Rochefort aimait jouer avec les mots, leur sens, leur sonorité. Awena Burgess et Orit Mizrahi réveillent la mémoire de cette femme de lettre quelque peu oubliée. Pourtant Christiane Rochefort (1917-1998) connut de grands succès : Le repos du guerrier (1958), La porte du fond (1988)… . Au fil de ce dialogue entrecoupé par des couplets de Bob Dylan ou Katie Melua, l’on constate que l’écologie, l’émancipation féminine, le poids de certains secrets habitaient souvent avant l’heure ses écrits et préoccupations. Puzzle délicat, peinture d’une époque, C'est bizarre l'écriture est une sortie de purgatoire à suivre et saluer.

 Jusqu’au 31 juillet, 12H40, Théâtre Transversal, Relâche les 20 et 27.



 

RAVIE

Sandrine Roche reprend La chèvre de Monsieur Seguin. Ses phrases syncopées détricotent la lettre et l’esprit de cette édifiante apologie de l’obéissance et la conformité. Avec Seguin, Blanchette s’ennuie. Avec les spectres elle est s’étourdit. Plutôt ravie. Tout est dit. Et bien dit par un trio d’acteurs : Chloé Lasne, Francesco Italiano et Rachel Ceysson qui virevolte de l’hésitation à l’exaltation sans quitter son mohair immaculé. Quant’à l’épilogue, contrairement à l’enclos, il reste ouvert

(article complet sur le site).

Du 9 au 27 juillet, 16H20, Le Totem, Maison du théâtre pour enfants. Relâche les 18 et 25 juillet.

 

HÉLÈNE ET SOPHOCLE

Une comédienne entreprend de monter trois tragédies de Sophocle : Oedipe roi, Oedipe à Colone… . Ce ne sera pas du théâtre pauvre mais une fresque opératique, gigantesque, interminable. Pour mener le projet, elle peut compter sur un ami metteur en scène, son compagnon musicien et… sur elle même. Hélène Géhin combine une approche vécue et caustique des instances culturelles : dossier de subvention, narcissisme, mégalomanie… et une équipée à travers les mythologies et le théâtre des origines. Hélène et Sophocle donne à apprécier l’obstination de la porteuse de projet, sa candeur et son gai savoir.

Jusqu’au 26 juillet, 14H30, La caserne, Relâche le 20



 

LES BELLES DE NUIT.

A l’origine de ces Belles de nuit, Magali Mougel a visité, a écouté, beaucoup, dans des maisons spécialisées. Cette collecte l'écrivaine la restitue, non pas de façon factuelle, mais en se glissant dans la tête de Michelle. Entourée de trois partenaires, Line Wiblé endosse l’imper, la blouse, l’étonnement de Michelle qui s'égare dans le temps qui passe, sans perdre de vue le temps passé. Surprenant, profond, délicat au diapason de la mise en scène 

(article complet sur le site). 

Jours impairs, du 7 au 27 juillet, 14H55, Artéphile Théâtre.

 

DANCEWALKRETROSPECTIVES 

Nous suivons un exposé chorégraphié. Une heure durant, Alizée Sourbé, danse, marche, explique au cœur des projections de performances captées aux quatre coins du globe. La danseuse-conférencière insuffle sa parole, sa respiration. Sa silhouette longiligne émerge ou se confond dans les images, confectionnant un étonnant objet, à la fois chorégraphique et plastique. Didactique et organique. On est saisi et on apprend.

(article complet sur le site)

Du 10 au 20 juillet, 15H30, Hivernales-CDCN d’Avignon.

Avec SCH, Sélection Suisse en Avignon.

 

A NOS CORPS DÉFENDUS

Comédienne, danseuse, metteure en scène, Alexia Vidal est une pionnière du théâtre mouvementé. Ici des corps féminins, masculins, très jeunes ou plus âgés, préservés ou abîmés, s’incarnent dans la chair d’une interprète mais aussi les notes d’une musicienne, les lumières d’une technicienne toutes deux présentes au plateau. Dans A nos corps défendus on regarde, on écoute, on s’offusque, on sourit, on s’attendrit tout au long de ses tranches de vie et de morphologies.

(article complet et interview sur le site).

Du 7 au 23 juillet,17H, Conservatoire du Grand Avignon, Relâche les 11 et 18. Avec le théâtre des Carmes-André Benedetto.

 

OPERAPIéCé

Ça progresse par tableaux, c’est donc opératique. Au milieu de costumes étrangers à toute sobriété: une accordéoniste tout terrain et deux interprètes qui ne le sont pas moins. Deux dames, solides caractères et sacrées voix. Marion Lépine délaisse les Divalala et s’associe à Aurore Bouston. Ensemble elles nous promènent dans une quête façon "je me voyais déjà". Le livret se compose de fragments de chansons populaires (une spécialité Divalala), d’airs lyriques et de pièces classiques agrémentées pour l’occasion de paroles inédites.  Conséquence: cet Opérapiècè est un tourbillon de fantaisie, de vocalises (et d’érudition musicale). Bien entendu sans fausse note, (ce qui est normal) ni faute de goût (c'est moins courant).

Jusqu’au 31 juillet, 17H30, Episcène Théâtre. Relâche le 19 et 21.

 

MOI VIVANTE

Depuis son plus jeune âge Ferdinande Mouthe, archive les avis de décès. Sa mère a tout essayé : de l’exorciste de sous préfecture à la psychologue auto-centrée. Marie-Hélène Goudet écrit et anime ce petit monde qui renvoie à Pagnol pour le sens du détail et Audiard pour les expressions imagées. Confronté aux attitudes compulsives de Ferdinande, personne ne se dit : « Et pourquoi pas ?». Le spectateur lui se pose la question. Bravo pour cette apologie de l’excentricité ordinaire. 

Jusqu’au 31 juillet, 18H10, Factory-chapelle des Antonins. Relâche 19 et 26.

 

ASIA. 

Asia s'inspire du calvaire d’Asia Bibi, jeune chrétienne, incarcérée pendant 8 ans dans les geôles pakistanaises pour avoir bu à une source réservée aux musulmans. Le texte de Mouloud Bélaïdi livre une fable sur le bouc émissaire. La mise en scène vigilante et précise, brode avec le son, la musique et la lumière. Mais la proposition repose avant tout sur l'interprétation sensible et mesurée de Pauline Dumas. Issue des ateliers théâtre du Chêne Noir, elle revient sur scène après un détour vers les métiers de la santé

(interview de Pauline Dumas sur le site).

Jusqu'au 31 juillet 2021 à 19h45, Théâtre du Chêne Noir. Relâches les lundis 19 et 26 juillet.

 

 

 

SOSIES

L’identité, qu’on endosse, qu’on ignore, que l’on travestit constitue la pierre angulaire de Sosies. Le texte de Rémi De Vos met en jeu 6 caractères en rupture ou en quête d’eux même. Une recherche du soi que la mise en scène d’Alain Timàr partage entre une table de cuisine et un banc public. On sourit, on rit mais jamais en surplomb de ces loosers défraîchis, de ces rebelles inoffensifs qui continuent à vivre avec les chagrins du bord. Comme dans une chanson de Johnny ou une complainte de Gainsbourg.

(Article sur le site)

Du 7 au 30 juillet, 19H, Relâche les 13, 20, 27.

 

FRANCE PROFONDE

Avec France profonde, les trois acteurs de La grosse situation ouvrent leur carnet de route et incarnent celles et ceux qu’ils ont croisés. Portraits, récits, témoignages se combinent dans un précipité qui, par l’art du théâtre, zigzague de la tragédie à l’anecdote, du factuel à l’extravagance. France Profonde revendique une approche nourrie d’écoutes et d’expériences. La démarche et le travail méritent d’être appréciés

(article sur le site).

Du 9 au 21 juillet, 20H30, Villeneuve en scène.

 

MA FORÊT FANTÔME

A l’instar du film 120 battements par minute (2017), le texte de Denis Lachaud dresse l’historique du SIDA. Au delà de la recension des étapes marquantes, Ma forêt fantôme réveille une mémoire étouffée. Car s’il est endigué, le virus n’est toujours pas vaincu. Vincent Dussart convoque le théâtre, le chant, la danse pour ce voyage stylisé dans la mémoire d’une fratrie peu épargnée par la maladie. Si les parties musicales gagneraient à être élaguées, la proposition n’en réveille pas moins les consciences.

Jusqu’au 29 juillet, 21h25, Présence Pasteur. Relâche les 19 et 26.

 

VERO 1ère, REINE D’ANGLETERRE

Prenez un texte de Gabor Rassov concis, satirique, un peu gore et bien écrit (la routine quoi). Ajoutez une bande de briscard.e.s rompu.e.s à la fausse désinvolture et à l’art du rire. Et vous obtenez le destin édifiant, from lidl to Buckingham, de la douce et candide Véro. Cet hommage au mélodrame et au théâtre forain est d'un foutraque réglé au millimètre. C’est aussi délirant qu’attendrissant. On s’amuse en cascade en compagnie de la reine d'Angleterre, des 26000 couverts et de la famille Stu(n)tman.

Jusqu’au 21 juillet, 22H, Villeneuve en scène.

 

LE CABARET DES ABSENTS

Un théâtre devient une maison commune. Inspirée d’une histoire vraie, une rêverie écrite et mise en scène par François Cervantès. C’est simple, délicat, touchant, surprenant, souvent hilarant. La distribution est impeccable.

C’est plein. Et c’est très bien

(article et interview à venir sur le site).

 Jusqu’au 29 juillet, 22H30, 11 Théâtre. Relâche les 19 et 26 juillet.

 

LAMPEDUSA SNOW

Eleonora Romeo nous immerge dans les deux premiers volets de la Trilogie du naufrage, écrite par Lina Prosa, au début des années 2000.  Dans Lampedusa Snow, Mohammed marche au cœur des Alpes où il a été abandonné. Tout en force sensible, Fabrice Lebert raconte son voyage au sein d'un espace de lumière et de matière, où s’entremêlent souvenirs intimes, images bibliques (L’odyssée d’Hannibal) et témoignages factuels. Le récit devient parcours sensoriel qui conduit le spectateur au plus près de ce sacrifié de notre temps. Eleonora Romeo construit une passion de la glaciation d’autant plus poignante qu’elle évite le pathos et l’imprécation.

(Article et interview sur le site).

Du 16 au 25 juillet 12H15, Théâtre des Carmes André Benedetto. Relâche le 19.

 

LES SOUFFRANCES DE JOB.

75 costumes, 25 marionnettes et surtout 6 interprètes (chaque soir interchangeables) virevoltent autour de la trentaine de protagonistes imaginés par le dramaturge israélien. D’inspiration biblique, le texte relate l’itinéraire d’un homme bon et généreux qui, l’espace d’une journée, perd tout, jusqu’à l’intégrité de son corps. La férocité sarcastique de Levin s’épanouit dans le monde iconoclaste de ces jeunes virtuoses du théâtre marionnettique. Par sa profondeur, son opulence formelle, Les souffrances de Job alimentent une fable foudroyante sur le bouc émissaire, thème éternel s’il en est.

(Article et interview sur le site).

Du 7 au 28 juillet, 21H30, La Scierie. Relâche le 19 et 26.

 

LA DISPUTE

Cette Dispute a de quoi combler les fervents de querelles amoureuses. Agnès Regolo réunit L’ours et La dispute, deux pièces en 1 acte d’Anton Tchekov et Marivaux. Flanquée au jeu et à la lumière d’une équipe fidèle, cette experte es-comédies agence un spectacle-ballet à la cocasserie élégiaque. On bouge, on rit, on respire (enfin) tout au long de cette fantaisie alerte et distinguée.

(Article et interview sur le site).

Du 7 au 30 juillet, 15H15, Théâtre du Balcon. Relâche le 20 et 27.

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