Un gosse qui tombe

Actualité du 02/03/2026

 

Observateur perspicace, narrateur habile, artiste harcelé, Saeed Roustaee arbore les atouts et endure les vicissitudes, propres aux plus illustres des cinéastes iraniens. Condamné à six mois de prison avec sursis pour avoir accepter la sélection de Leila et ses frères au Festival de Cannes 2022, le réalisateur, trois ans plus tard, revient sur la Croisette avec Woman and Child.

Entourée par sa mère (Fereshteh Sadre Orafaee), sa sœur cadette (Soha Niasti), Mahnaz (Parinaz Inadyar) élève un fils et une petite fille issus d’un premier mariage. L’infirmière quadragénaire entretient une relation avec Hamid (Payman Maadi). Ambulancier le jour, marchand de sommeil la nuit, celui-ci tient à officialiser la liaison. Le projet contraint Mahnaz à dissimuler sa progéniture à sa future belle famille.

La démarche enclenche une dissection familiale, articulée sur trois générations féminines. L’ouverture de Woman and Child est toutefois catapultée par Aliyar (Sinan Moheri). Au collège, l’aîné de Mahnaz, paye son indiscipline par une exclusion temporaire. Brillant, frondeur, attachant, l’ado est confié par sa mère à son grand-père paternel. S’en suivent des catastrophes en dominos.

Après le film policier (La Loi de Téhéran 2021), le thriller familial (Leila et ses frères 2022), Saeed Roustaee s’aventure dans le mélodrame, sans toutefois renier ses déterminations formelles. Les frasques d’Aliyar sont restituées dans une ébouriffante vivacité. La rencontre prénuptiale s'assimile à une sidérante chorégraphie émotionnelle. Pourtant, au-delà l’invention tempétueuse du styliste, en contrepoint à l’efficacité expressionniste de la violence, la brutalité physique reste hors-cadre.

 

Le calvaire de Mahnaz s’entérine à travers des cadrages engoncés dans les ombres et les encoignures. Les dialogues crépitent, indifférents aux jérémiades doloristes. Les visages s’embrument sous l’effet d’un chagrin, qui élude l’abattement et aiguillonne encore la rage de Mahnaz et son fier acharnement.

L’orgueil obstiné de cette mère courage résonne avec l’obstination de l’auteur. Lors de la projection cannoise de Woman and Child, le port du voile dans les séquences d’intérieurs suscita une polémique quant aux concessions accordées à la censure des Mollahs. Force est de constater que ce renoncement vestimentaire n’assouvit en rien une apologie féministe, admirablement incarnée par Parinaz Inadyar et ses partenaires.

Avec ce nouvel opus, Saeed Roustaee se confirme comme le digne héritier de Raoul Walsh (1887-1980). Chantre de l'action, friand des dialogues en rafale, le géant Hollywoodien se montra toujours attentif aux caractères féminins, comme en témoignent entr'autres : La Vallée de la peur (1947), La Fille du désert (1949), L'Esclave libre (1957).. .

C’est avec hargne, amour et colère que je veux continuer à filmer dans mon pays., déclare Roustaee dans une interview publiée dans le magazine Positif (février 2026). Souhaitons à l’auteur de Woman and Child, précipité de hargne, d’amour et de colère, de prolonger ses sagas épiques, de poursuivre son parcours de combattant dans des conditions moins coercitives.

Photographies : Diaphana distribution.

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